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Ateliers idéologiques du Gresea
"Heurs et malheurs de la démocratie associative"
11 sept 2009
1ère synthèse courte

Erik Rydberg
Gresea
Septembre 2009
6.700 signes

 

Ateliers "idéologiques": parce que ce cycle entend mettre en débat
les idées sous-jacentes, rarement explicites, des enjeux
contemporains. Idéologie: le mot est galvaudé, controversé et sujet
à interprétation. Pour mettre le fil d'aplomb, renvoyons à la lecture
qu'en fait Isabelle Garo, qui entend un travail sur l'idéologie
comme l'exercice visant à
 "comprendre la façon dont les idées se rapportent aux réel",
étant entendu que "la complexité du problème est liée au fait
que la production des idées est à la fois séparée de la production matérielle
mais associée à l'ensemble de son organisation."
(L'idéologie ou la pensée embarquée, Editions La Fabrique, 2009).

Première édition du cycle d'ateliers idéologiques du Gresea, cet atelier a pour objectif de cerner quels sont, pour la gauche organisée (associations et syndicats), les défis théoriques et politiques posés par la question d'une tradition de démocratie associative aujourd'hui soumise à une double pression. D'une part, elle se voit "invitée" à adopter des modes d'organisation "manageriaux" conformes à la pensée unique néolibérale ("gouvernance" interne). D'autre part, elle se voit assigner un rôle d'auxiliaire de cette même pensée unique dans ses rapports à la société (à l'intérieur d'une "gouvernance" globale). Ce sont deux pressions, deux dimensions intimement liées mais, comme l'atelier le mettra en évidence, dont les articulations ne s'imposent pas d'emblée.

Comme le dira Francine Mestrum (membre entre autres du Conseil international du Forum social mondial) dans son exposé introductif, d'évidence, ces deux questions – démocratie interne des associations et place des associations dans le champ politico-social – se croisent et possèdent un point d'intersection mais le définir, préciser la nature de ce lien, n'est pas simple.

On cherchera, dans cette première esquisse de synthèse, à résumer les points forts des échanges et, particulièrement, à pointer les aspects de la question qui méritent d'être développés et approfondis – par le Gresea ou par d'autres organisations: jeter des pistes pour aller de l'avant, pour que l'atelier ne reste pas sans lendemain.

Parmi les points forts, on relèvera pour commencer, au titre de cadre analytique général, l'analyse que Francine Mestrum fait de l'Etat et de son évolution récente en quatre phases, que quiconque veut se situer sur la scène politique gagne à distinguer et prendre en compte:

  • Phase 1, marqué par le traité de Maastricht et le consensus de Washington, elle signe la volonté d'affaiblir l'Etat, l'acteur public.
  • Phase 2, années 90, qui voit apparaître les politiques de lutte contre la pauvreté et... contre les systèmes de protection sociale publics, qu'il s'agit de démanteler.
  • Phase 3, c'est le retour de l'Etat mais sous une forme radicalement différente: l'école autrichienne (Hayek & Co.) a fait place à l'école allemande, l'économie n'est plus considéré comme chose naturelle qui s'auto-équilibre autour d'un optimum mais comme un champ qui doit être organisé et dirigé... par un  Etat "managerial" (lire: apolitique).
  • Phase 4, la démocratie restant une dimension jugée nécessaire, il sera fait appel aux associations pour combler le vide, d'où multiplication des mécanismes de consultations dans lesquels la dissidence politique n'a plus de place, qu'elle vienne des associations, des syndicats ou des parlements, tous gêneurs, au besoin à criminaliser: on a là, pour boucler la boucle, les systèmes de gouvernance globale (un marché sans Etat sinon pour lui fournir des auxiliaires) sur lesquels la démocratie associative (rebaptisée gouvernance des associations) va devoir se décalquer – ou résister

Esquissées de manière télégraphique, ce canevas donnera lieu à une série de constats – et de pistes de travail suivantes:

1. En matière de reconquête de la démocratie associative, au-delà de l'enjeu de défendre l'autonomie des associations en utilisant au maximum les marge de manoeuvre, c'est surtout la nécessité de repolitiser, au moyen d'un langage clair et compréhensible de tous, la prise de parole publique (briser le consensus, le brouillage idéologique) et de faire le ménage: qui parle au nom de qui et de quoi?

  • Par exemple en procédant à l'étude, et ensuite la dénonciation, des associations créées de toute pièce pour siéger dans les organes de consultations et particulièrement, des mécanismes de cooptation des associations.
  • Par exemple, étude de cas, en procédant à l'analyse de la tentative de fusionner le Conseil économique et social de la Région bruxelloise (interlocuteurs sociaux) avec sa Commission Environnement (ouverte aux associations) – ou encore: l'influence des normes européennes en matière d'appel d'offres permettant de transférer au privé ("associatif") de missions publiques.
  • Idem, autre étude de cas, au sujet des lobbys "environnementaux" qui gravitent autour de la Commission européenne.
  • Idem, autre étude de cas, analyser les positions prises par le secteur non marchand dans le dialogue social bruxellois (plus proches souvent du banc patronal que du banc syndical).
  • Idem, autre angle d'attaque, la cooptation de l'associatif en Flandre via le programme "Vlaanderen in Aktie".
  • En matière de décryptage idéologique des discours dominants, poursuivre le travail sur son vocabulaire, d'en situer l'origine et les fonctions, p.ex. les notions de transparence et de gouvernance, promus par qui et pourquoi?

2. En matière de positionnement vis-à-vis de l'Etat et de ses mutations, deux pistes de travail

  • Déceler les antagonismes qui y sont présents et en identifier les acteurs, y compris en décelant dans quelle mesure ils en sont conscients, y compris dans leurs différences idéologiques de part et d'autre de la frontière linguistique (le PS n'est pas le Sp.a...).
  • Dresser une cartographie des acteurs de l'Etat social (belge), sous l'angle, d'une part, des critères de redistribution des ressources budgétaires (crucial, aujourd'hui), et, d'autre part, remettre sur le métier l'analyse de l'interaction entre rapport capital-travail et concertation sociale en identifiant quels sont les acteurs incrustés sur ce rapport (notamment pour déterminer les alliances potentielles) de même que les flux financiers publics transférés à l'associatif.

3. En matière de repolitisation et de front de gauche...

  • Réfléchir au socialisme du XXIème siècle, qui demeure un terrain en friche: qu'entendre par là, que voulons-nous changer, quels ont été les succès, quels sont les régressions? (Piste de travail sans aucun doute gigantesque...)
  • Analyser le mouvement de dépolitisation de la vision des rapports Nord-Sud. C'est ainsi, par exemple, le glissement d'une grille de lecture des relations internationales où le nord-sud a fait place à une grille de lecture qui isole le sud (tous ses problèmes sont à chercher chez lui)

 

Ont contribué à la réflexion collective de cet atelier: Eric Buyssens (FGTB), Walter Coscia (ULB), Raf Custers (IPIS), Denis Dubuisson (Acodev), Gérard Karlshausen (CNCD), Francine Mestrum (FSM), Marc Sapir (ETUI-REHS), Han Soete (Indymedia) et Bruno Vinikas (CBAI, CBAR)