Anne Dufresne, Natalia Hirtz, Bruno Bauraind et Cédric Leterme (Gresea) sont membres du Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS). Il s’agit d’un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile.

 I. Mobilisations transversales

Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2018. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en deux volumes et neuf chapitres. Le premier volume traite des mobilisations transversales. Quatre thèmes y sont étudiés : la conflictualité sociale interprofessionnelle – focalisée, cette année, sur la réforme des pensions et des fins de carrière, sur le jobsdeal décidé par le gouvernement Michel I dans le cadre de la préparation du budget 2019, et sur la négociation de la marge salariale –, la tentative avortée de réforme du dispositif des aides à la promotion de l’emploi (APE) en Wallonie, le mouvement social des Gilets jaunes en Belgique, et la mobilisation des prostituées du quartier bruxellois dit des carrées.

Dans de ce premier volume, vous pourrez notamment lire trois analyses des chercheurs du GRESEA, notamment une analyse d’Anne Dufresne en collaboration avec Corinne Gobin et Marc Zune du Mouvement social des gilets jaunes en Belgique : une contestation largement atypique :

L’émergence du mouvement des Gilets jaunes (GJ) en Belgique est un événement important à analyser pour réfléchir à la dynamique de la contestation sociale belge. Cet article est centré sur quatre objectifs :
- retracer la chronologie du mouvement belge de la mi-novembre à la fin décembre 2018 en y exposant le poids du mouvement français en tant qu’enclencheur de la lutte ;
- attirer l’attention sur l’action Action Part de capital?. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
collective de blocage des dépôts qui par la tradition de syndicalisme d’action directe dont elle est porteuse peut être lu comme un contre-point critique aux traditionnelles manifestations festives du dimanche comme mode principal de la mobilisation syndicale nationale ;
- relater les réactions des dirigeants syndicaux face à ce mouvement : les directions syndicales belges l’ont largement « boudé », l’accueillant au mieux comme une action parallèle sympathique mais de peu d’importance . En effet, le contexte bien particulier d’un dépassement des organisations syndicales par une base hétéroclite a fait que la grande majorité de leurs dirigeants ont réagi très prudemment, « à titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende? ou intérêt).
(en anglais : financial security)
personnel », au mouvement des GJ, seule la CGSLB publiant un communiqué officiel de « clarification » de sa position.
- faire état de la question « des violences » (celle des « casseurs » et celle émanant de la police lors des manifestations) : les autorités politiques fédérales ont « surréagi » en couvrant une répression policière massive lors des quelques manifestations nationales qui eurent lieu à Bruxelles en novembre et en décembre 2018.

Vous pourrez également lire une analyse de Natalia Hirtz en collaboration avec Chedia Leroij de la Grève et mobilisation des prostituées du quartier des carrées :

Le mardi 5 juin 2018, les prostituées du quartier dit « des carrées », où exercent principalement des femmes d’Afrique subsaharienne, ont fermée leurs volets. Elles partent en grève pour deux jours. Cette grève est historique en Belgique. Elle est remarquable par sa durée, ses incitatrices (des prostituées majoritairement sans titre de séjour en Belgique ou avec un permis de séjour précaire) ainsi que par les différents acteurs impliqués dans la mobilisation. Elle dévoile le continuum des violences entre les politiques migratoires, les mesures communales, les forces de police, la justice, les proxénètes et les clients.

Et enfin une analyse de Cédric Leterme en collaboration avec Aline Bingen et Maria-Cécilia Trionfetti de la Tentative avortée de la réforme des points APE en Wallonie :

En Wallonie, l’initiative prise par le gouvernement régional MR/CDH de réformer en profondeur le régime des aides à la promotion de l’emploi (APE) a engendré la mobilisation des organisations syndicales interprofessionnelles et des acteurs sociaux du secteur non marchand. Le conflit interpelle par les mobilisations d’ampleur qui l’ont ponctué, au format parfois inédit, entre juin 2018 et mars 2019. Celles-ci ont été favorisées par les craintes nourries simultanément par les représentants syndicaux et leurs homologues patronaux vis-à-vis de leur pouvoir subsidiant. Ce chapitre revient dans un premier temps sur les processus successifs de réforme des aides à l’emploi en Wallonie. Il s’arrête ensuite de manière chronologique sur les contours des mobilisations qui ont accompagné le chantier porté par le ministre wallon de l’Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR), en pointant les pierres d’achoppement entre défenseurs et détracteurs de la réforme.

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 II. Conflits d’entreprise

Le second volume traite des conflits d’entreprise. Cinq thèmes y sont étudiés : les conflits dans la grande distribution (Carrefour, Mestdagh et Lidl), les tensions sociales au sein de la compagnie aérienne low cost Ryanair, la grève chez le bagagiste Aviapartner, la restructuration de la maison d’édition du journal L’Avenir, et la conflictualité sociale au sein de bpost. À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée.

L’étude se clôt par une annexe statistique fournissant un aperçu quantitatif du phénomène des grèves en Belgique en 2018.

Dans ce deuxième volume vous pourrez notamment lire deux analyses de Bruno Bauraind en collaboration avec Jean Vandewattyne, la première sur "Ryanair must change" : une victoire sociale et syndicale dans le monde du low cost :

Le conflit social, qui a pris forme en fin d’année 2017, chez Ryanair est sans doute un des conflits sociaux les plus remarquables de ces dernières années. Il appartient à ces conflits qualifiés dans la littérature sociologique d’hautement improbables en lien notamment avec les pratiques de recrutement et de gestion de ses salariés mises en place par la compagnie irlandaise mais aussi aux profils particuliers des travailleurs de cette compagnie. Il l’est d’abord et avant tout car il témoigne du passage d’une conflictualité individuelle, prenant essentiellement la forme d’actions en justice, à une conflictualité collective symbolisée par l’expression de revendications et le recours au préavis de grève et, faute d’un dialogue social, à la grève. Il l’est aussi par son caractère offensif. Il y est en effet question d’amélioration des conditions d’emploi et de travail de deux catégories professionnelles très particulières : le personnel de cockpit d’une part et le personnel de cabine d’autre part. Enfin, il est aussi remarquable par sa dimension géographique. Ce conflit dépasse de loin le cadre des frontières d’un Etat national. Il fait en effet partie des quelques rares conflits sociaux d’entreprise se caractérisant par des actions de grève de dimension européenne.

Et la seconde sur La grève chez le bagagiste Aviapartner :

En 2018, deux autres conflits ont témoigné des tensions sociales qui règnent depuis plusieurs années dans le secteur aérien belge. Celui chez Brussel Airlines n’est pas traité dans ce dossier. Par contre, le présent courrier livre la chronique du conflit social chez Aviapartner. La grève qu’a connue cette entreprise belge a paralysé l’aéroport de Bruxelles-National (Zaventem) pendant 7 jours, du 25 au 31 octobre 2018. Ce conflit est remarquable, d’une part, par l’ampleur de ses conséquences sur l’activité de l’aéroport (la grève ayant entraîné la suppression de 960 vols et touché quelque 115 000 passagers) et, d’autre part, par le fait qu’il s’est agi d’une grève spontanée, non préavisée.

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