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Nouveau concept chez IBM: le travailleur "matière première"
Dans son édition du 8 septembre 2008, BusinessWeek met en couverture le portrait futuriste du travailleur du XXIème siècle. Tous ses faits et gestes sont connus et disséqués par la direction. Sont connus et minutés, le temps passé à surfer sur Internet au travail, le temps passé à lire et envoyer des emails personnels, le temps passé au téléphone, le temps requis pour rédiger un email professionnel ainsi que le nombre moyen de mots utilisés et son vocabulaire le plus fréquent. Idem pour les journées de la semaine et les heures où l'employé est au mieux de sa forme, c'est-à-dire le plus productif. Etc. Futuriste? A peine. Au quartier général d'IBM (Westchester County, Etat de New York), une équipe sous la direction du mathématicien Samer Takriti travaille sur ces nouvelles formes de management, par d'aucuns qualifiés de nouvelle révolution industrielle applicable aux cols blancs, la technique ouvrant, grâce à l'informatique et l'extension des outils professionnels électroniques (téléphone et PC portables) à un taylorisme d'une sophistication inouïe. Il permet en effet de découper – et d'optimaliser – le temps de travail à la minute près. Dans cette logique, et pour utiliser la formule utilisée par Takriti, le travailleur (ils sont 300.000 chez IBM, tous cobayes potentiels) en devient non plus une marchandise, mais une "matière première", et traitée comme telle. Takriti le reconnaît lui-même: pour la masse des travailleurs employés pour des tâches répétitives, sans qualification particulière et contribuant donc peu aux profits de l'entreprise, le système risque d'être un tantinet oppressant. C'est que la modélisation du contrôle de leur rendement n'exige que peu de nuances et l'entreprise pourra aisément exiger d'eux qu'ils soient productifs durant "près de 100% du temps de travail". On a de tout cela un avant-goût à IBM France. Le décès par arrêt cardiaque d'un salarié en janvier 2008 sera, là, le énième révélateur d'un climat de travail où, dixit la CGT, il faut travailler "en mode panique et à flux hypertendus" et où, aux dires du docteur Garoyan, le médecin du travail dont IBM cherchera en vain de se débarrasser, "l'insomnie pour cause de souffrance au travail touche un tiers du personnel" et pousse certains au suicide, ou à l'arrêt cardiaque. Le meilleur des mondes.
Source : BusinessWeek du 8 septembre 2008 (publiant en bonnes feuilles des extraits du livre de Stephen Baker, "The numerati" sur ces nouvelles formes de gestion informatisée des travailleurs) et L'Humanité du 22 janvier 2008.
Traitement Gresea: 08 septembre 2008. |