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Lettre d’information du Gresea sur la Responsabilité
Collatérale des Entreprises
N° 3 –Juillet 2003–
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Objet social
: Il nous arrive régulièrement, au Gresea, de nous
poser la question.Quel terme utiliser? C'est souvent un problème
lorsqu'on propose un concept nouveau. En lançant cette lettre
d'information, le choix s'est porté sur l'expression " Responsabilité
collatérale des entreprises ". Là-dessus, parce que
c'est une manie chez nous de tout remettre en question, nous nous sommes
dit que la formule " Responsabilité économique des
entreprises " serait peut-être plus adéquate. Et c'est
plutôt ce terme-là, plus précis, que nous avons
choisi de privilégier. Les deux expressions ont naturellement
ceci en commun qu'elles utilisent la même technique de kidnapping,
toutes deux glissent une peau de banane sous l'édifice doctrinal
de la Responsabilité sociale des entreprises, qui est une idée
très en vogue aujourd'hui, très consensuelle aussi. Elle
a cependant d'évidentes limites. Car les activités des
multinationales n'ont pas, dans le Tiers-monde, que des conséquences
sociales. Et le Tiers-monde, de son côté, ne prendrait
que très imparfaitement la mesure de ces conséquences
en ne cherchant qu'à obtenir des correctifs sociaux.
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C'est pourquoi nous pensons qu'il importe d'envisager
aussi les impacts collatéraux ou économiques de ces activités.
Et que nous avons " inventé " les deux expressions
dont il est question ici. C'est un vaste champ d'action et de recherche.
Ce qui nous réjouit, et nous rassure, c'est que nous sommes nombreux,
dans les quatre coins du monde, à penser qu'il faut aller au-delà
des responsabilités sociales. Un exemple parmi d'autres: nous
venons d'apprendre que l'ONG philippine Philrights (www.skyinet.net/~prights)
s'est lancée dans la création d'indicateurs mesurant le
respect des droits économiques, sociaux et culturels. Nous pensons
que c'est significatif. On ne peut scinder le social de l'économique,
ni du culturel. Cela forme un tout. Quand le Nord pèse sur le
Sud, il pèse sur le Sud social, le Sud économique et le
Sud culturel. Analyser l'impact des activités des entreprises
du Nord sur les peuples du Sud et partager les leçons que ceux-ci
en tirent, tel est le fil rouge de la démarche que nous avons
choisi de nommer Responsabilité économique des entreprises.
Mais on peut l'appeler autrement. Toutes les suggestions sont bienvenues..
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| Echos.
Le collectif international d'appui aux travailleurs de la pêche
(www.icsf.org) consacre l'essentiel de son information aux enjeux économiques
et commerciaux liés aux problèmes de la pêche à
travers le monde et leurs impacts sur la vie de tous les jours des communautés
des pêcheurs. Outil indispensable. Quand les travailleurs sont
petits pêcheurs, ils doivent, pour survivre et marquer des points,
être très bien informés sur tout ce que font les
gros poissons.... |
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Etude
de cas : La pêche et le principe pilleur-payeur
"Si les
chalutiers européens continuent de pratiquer leur pêche
extensive, " ils vont détruire les réserves sénégalaises,
comme ils l'ont déjà fait chez eux ". Le constat
est de Abdourrahmane Ndir, un pêcheur sénégalais
manifestement pas trop rassuré. Confirmation de ces craintes
par le ministre de la pêche, Pape Diouf: " l'impact de
la flotte européenne sur la dégradation des stocks de
notre zone économique exclusive et de leur environnement est
indéniable ". Cela explique que le Sénégal,
à son tour, a ordonné aux navires européens de
quitter ses eaux territoriales mettant ainsi fin à l'accord
de pêche qui le liait à l'Union europénne. La
décision était rendue inévitable tant les contradictions
entre ce type d'accord et l'agenda de développement national
étaient devenues inconciliables. Il est de plus en plus manifeste,
en effet, que les différents mécanismes échafaudés
par l'Union européenne pour monter des projets dans le Sud
découlent d'une volonté claire d'assujettir la coopération
au développement aux seules exigences des stratégies
commerciales. La pêche ne déroge pas à cette règle.
Pour rappel, la surexploitation des ressources halieutiques européennes
a conduit les gros chalutiers européens à naviguer de
plus en plus loin de leurs ports d'attache. Il s'agit, coûte
que coûte, d'assurer une productivité permettant de sauver
un secteur secoué par la tempête. Quitte à en
faire plonger d'autres, telles les communautés de pêcheurs
africains. La pêche artisanale est estimée à 70%
du total de la pêche maritime sénégalaise. Elle
représente 30% des recettes d'exportation du pays et fait vivre
directement ou indirectement quelques 15% de la population active.
Or, en raison de la surexploitation des principaux stocks, les pêcheries
sénégalaises se dégradent dangereusement. C'est
le cadet des soucis de l'Union européenne qui estime - nous
pillons mais nous payons... - que le fait de payer une redevance annuelle
forfaitaire en contrepartie du droit de pêcher un quota fixe
de poissons la dispense de penser aux coûts à long terme
de ces accords. Autrement dit, perte des revenus des pêcheurs
artisanaux, dégâts environnementaux et diminution des
réserves locales de poissons. Klaus Töpfer, directeur
exécutif du programme des nations unies pour l'environnement
(PNUE) ne s'y trompe pas lorsqu'il affirme que " à moins
de mettre en place de stricts garde-fous, cette erreur pourrait coûter
cher ". Qu'on ne s'y méprenne pas, les garde-fous ne manquent
pas... pour protéger le marché européen. Ce sont
ces nouvelles normes " sanitaires " et " environnementales
" imposées aux Africains, dont les produits d'exportations
doivent désormais passer par des procédures d'"
écocertification ". Cela ne s'invente pas. Ces "
conditionnalités, qui débordent à ne point en
douter les considérations scientifiques, nécessiteront
d'évidence des investissements importants, qu'il faudra prélever
sur les budgets de coopération au développement initialement
affectés à l'éducation, la santé, l'emploi
ou le logement. Manifestement, la satisfaction des besoins réels
des communautés de pêcheurs ne fait pas bon ménage
avec l'arrimage des économies du Sud aux seuls exigences du
commerce extérieur. (Brahim Lahouel).
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| Ed.
Resp. E. Rydberg, GRESEA, Rue Royale 11, 1000 Bruxelles, Belgique -
Avec le soutien de la DGCD - gresea@skynet.be
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