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Lettre d’information du Gresea sur la Responsabilité Collatérale des Entreprises
N° 4 –Novembre 2003–

Objet social : Il n'y a pas, dans les journaux, de rubrique consacrée spécifiquement à la responsabilité économique des entreprises. Pas comme telle. Il en est très souvent question, pourtant, dans les sections économiques de la presse. On parle, là, de décisions prises par des acteurs économiques. C'est logique. C'est le genre d'information qu'on s'attend à voir dans ces pages. Tel opérateur a pris telle décision et voilà - tentera de pronostiquer le journaliste - quels devraient en être les conséquences pour la bonne santé du secteur économique concerné. Il n'y a pas que la bonne santé du secteur, naturellement. Et il n'est pas rare que la presse examine les autres effets de ces décisions. Bel exemple, voici peu, dans le Financial Times, daté du 14 octobre 2003. Il y était question du choix, fait par un nombre croissant d'entreprises pharmaceutiques, de faire effectuer en Inde les tests cliniques par lesquels tout nouveau médicament doit passer avant d'être mis sur le marché. L'Inde, c'est moins cher. Il est fait état d'un gain de 200 millions de dollars par nouveau médicament. Et notamment parce qu'il y a en Inde beaucoup de malades qui sont prêts à servir de cobayes pour ces tests, par exemple lorsqu'ils sont analphabètes et ne comprennent pas les documents qu'ils signent. L'auteur de l'article laisse entendre que ce n'est peut-être pas très éthique. Pour ce qui nous concerne, au Gresea, il y a ici matière à une analyse, clinique disons, d'un processus qui permet de mettre en évidence qu'une décision d'un opérateur économique peut, en l'espèce, avoir un impact collatéral sur le traitement des malades dans les pays du Sud. La responsabilité économique des entreprises, c'est d'abord une méthode qui, par rapport aux actes posés par les entreprises, vise à l'émancipation des peuples.

Echos. Parmi les conclusions de l'étude que l'Institut McKinsey (www.mckinsey.com) vient de publier sur les investissements directs étrangers, on retiendra celle-ci: la plupart des IDE auraient eu lieu en l'absence des incitants mis en place (à grands frais pour la collectivité) pour les attirer. Etrange époque...

Etude de cas : Café amer


"Si les tendances actuelles continuent, comme de nombreuses personnes l'ont prévu, une crise du café pourrait se transformer en une crise sociale et environnementale généralisée." L'avertissement vient de la Banque mondiale.[The Coffee crisis in Perspective, Panos Varangis and Brian Lewis, Banque mondiale, 9 mars 2002]. Le café, pour mémoire, c'est 125 millions de gens dans les pays du Sud qui en dépendent et, si on ajoute ceux du Nord (transport, vente/distribution, financement), quelque 500 millions de personnes concernées. Cela fait autant de chômeurs en puissance?
La crise, en effet, est profonde. Après l'éclatement de l'Accord International du café (AIC) en 1989, qui réglait les prix et les quotas, les prix du café n'ont cessé de baisser, entraînant une chute de revenus pour les producteurs de 7 milliards de dollars, alors que les torréfacteurs voient leur chiffre d'affaire grimper de 30 milliards. Affinons l'analyse. Les prix du café sont fixés selon les prix mondiaux des grains sur le marché international par les multinationales torréfactrices (Nestlé, Kraft, Procter&Gamble, SaraLee, Tchibo) et par les spéculateurs qui misent sur les quantités produites pour augmenter ou diminuer les prix. Comment, dès lors, se décompose le prix du café? Un kilo de café soluble robusta rapporte, dans un supermarché britannique, 14 cents US au producteur cependant qu'au bout de la chaîne, 26,40 $ reviennent à la grande distribution, soit une augmentation de 7000% ! [Café commerce. La Bourse ou la vie, G. de Boeck, Oxfam, décembre 2002]. La chute des revenus à l'exportation dans de nombreux pays dépendants du café est dramatique pour les secteurs essentiels de l'éducation et de la santé. Fatima Espinoza, agronomiste de la coopérative SOPPEXCCA: "Les bas prix du café et la baisse de la production a laissé plus de 250.000 chômeurs au Nicaragua. Les gens sont morts à cause des chutes des prix". [Spare a Cup. Coffee growers struggle to survive a global slump, Megan Rowling in These Times, décembre 2002]. "Il y a sur la question des matières premières une espèce de conspiration du silence. Les solutions ne sont pas simples (...) Mais rien ne justifie l'indifférence actuelle." dit Jacques Chirac, Président français et on ne saurait lui donner tort [Intervention à l'occasion de la 22è Conférence des Chefs d'Etat d'Afrique et de France, in Le Courrier ACP-UE, n°197, mars-avril 2003].
Que peut faire le Sud ? Certains pays producteurs tentent de s'associer pour former, en 1993, l'APPC (Association des Pays Producteurs de Café), qui regroupe une vingtaine de pays, dont le Brésil et la Colombie. Pour faire quoi? Freiner la production et hausser les cours. Mais ils se heurtent aux multinationales du Nord et à leur intérêt de vendre au meilleur prix. Ce qu'il faut, aussi, c'est une prise de conscience. Il faut écouter le Sud, écouter Fatima Espinozza :" Ce que nous voulons, c'est un prix juste, un prix qui nous permet de poursuivre notre propre développement, sans avoir à accepter les vêtements ou l'argent pour nos écoles que les gens nous offrent. Acheter d'une main notre café à des prix trop bas et ensuite, nous donner une tranche de pain de l'autre main, ce n'est pas le genre de solidarité que nous voulons." [op. cit.]. On ne saurait mieux dire.
Nadine Braglia (Gresea)

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