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Newsflash
n°11, lan 2005
Nouvelle
théorie américaine: les pauvres, en réalité,
sont heureux!
Publiée
voici peu, l'information n'a pas fait grand bruit. C'est le Financial
Times (10 janvier) qui l'a annoncé : les Américains vont
élaborer un nouvel outil statistique pour comparer les performances
des pays. Ce sont des professeurs de l'université de Princeton,
dont un prix Nobel, Daniel Kahneman. Il existe déjà des
tas d'outils de ce type, ils font le bonheur des rapports des grandes
agences onusiennes et cela vaut ce que cela vaut. Pas grand chose. Comme
le rappelle George Monbiot, en matière de mesures comparatives
de la pauvreté, les chiffres "sont, du point de vue méthodologique,
viciés au point d'être inutilisables" (Guardian Weekly,
21 janvier).
Le truc, la nouveauté des Américains est de comparer croissance
économique et... bonheur. Un tableau accompagne l'article, il montre
que les gens du Ghana, pays pauvre s'il en est, sont aussi heureux que
les gens des Etats-Unis. L'argent ne fait pas le bonheur. C'est une vérité
profonde et, à gauche, on ne cesse de le répéter
: on élimine les inégalités, on paie des salaires
d'ouvriers aux patrons et personne ne s'en trouvera plus malheureux, que
du contraire. Ils sont révolutionnaires, à Princeton.
Sauf que ce n'est pas cela qu'ils ont en tête, probablement, mais
plutôt de "prouver" que les pauvres peuvent sans problème
rester pauvres, car ils resteront heureux, et que le Tiers-monde doit
cesser de réclamer sa part des richesses dans la croissance mondiale
: car c'est pas cela qui leur apportera le bonheur. Bref, un outil statistique
réactionnaire.
Veut-on une réplique cinglante à ce genre d'âneries?
On la trouve dans l'écrit superbe de Jacques Brouckaert (ancien
ouvrier Caterpillar et BP Feluy) que Contradictions vient de publier (n°108,
4ème trim. 2004, l'acheter, le lire!): rivé à sa
chaîne de production déshumanisante, il reçoit un
jour, comme ses camarades d'infortune, la visite de quelques VIP venus
voir comment "cela" fonctionne. L'un d'eux s'approche de lui
et lui pose cette question incongrue: "Est-ce que votre travail vous
plaît?". Deux mondes! Deux planètes! (La réaction
de Jacques: "Je me souviens de l'avoir fixé droit dans les
yeux pendant quelques secondes et avoir repris aussitôt mon regard
fixé vers nulle part, mes gestes robotisés à une
cadence plus infernale que d'habitude. C'est ma manière de parler
aux visiteurs." Gageons que le VIP n'aura rien compris. A Princeton,
non plus).
Gresea,
28 janvier 2005.
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