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Newsflash n°44, de l’an 2008

Derrière la flambée des prix, un boursicotage raffiné

Il ne passe plus un jour sans que les journaux financiers titrent sur le "choc pétrolier", sur l’inflation des prix alimentaires ou, plus globalement, sur des marchés de matières premières devenus complètement "fous". Et la spéculation est de plus en plus souvent montrée du doigt comme une des causes de la flambée des prix et, indirectement, de la famine qui menace aujourd’hui près de 40 pays pauvres. La spéculation, cependant, c'est un monde à part. Dans les Bourses spécifiques où ont lieu les transactions qui en fixent les prix de marché, la loi du silence règne, c’est une boîte noire de l’économie mondiale dont les conséquences sont ressenties par tous mais sur laquelle on préfère débattre entre experts.

Rappelons le BA-ba. La spéculation est un pari financier sur le futur. Ce sont des acteurs, les fonds d’investissement, les banques d’affaires ou encore des multinationales qui achètent des matières premières à bas prix aux producteurs en espérant les revendre plus tard et plus cher. Il y a donc, en règle générale, une incertitude qui plane sur toute activité spéculative. Mais, l’incertitude, du côté des "traders", on n’aime pas.

Là, il y a nouvelle donne. Les acteurs de la finance mondiale ont acquis une telle puissance financière aujourd'hui qu’il leur est possible de manipuler le marché et de balayer l’incertitude. En 2006, le fonds spéculatif Red Kite, un gros "portefeuille" gérant un milliard de dollars d’actifs, a acheté des centaines de milliers de tonnes de cuivre, d’aluminium et de nickel pour les stocker à l’abri de toute autorité de régulation. Toujours en 2006, près de 90% des stocks mondiaux d’aluminium se seraient ainsi retrouvés immobilisé dans les hangars officieux de Red Kite. Résultat: une rareté sur le marché créée de toutes pièces et des prix qui s’envolent. En accaparant le marché de cette façon, Red Kite a, sans doute, participé à l’augmentation du prix du cuivre qui est passé, entre 2004 et 2008, de 2.500 à 8.884 dollars la tonne [Le Monde, 3 juin 2008].

Des preuves tangibles? Aucune. La boîte est opaque et le restera aussi longtemps qu’une véritable transparence des transactions réalisées à Londres ou à Genève, les deux places fortes du négoce des matières premières, ne sera pas imposée. Il en va de la survie de millions de personnes sur la planète…

Gresea, 10 juin2008
Bruno Bauraind