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Newsflash n°62, de l’an 2010

Estimation grossière d’un hold-up pétrolier

Depuis janvier 2009, malgré le fort ralentissement de l’économie mondiale, le baril de pétrole a bondi de 75%. Pourtant, depuis mars 2009, les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), conscients des conséquences néfastes d’un prix du pétrole élevé sur une économie mondiale convalescente, ne cessent d’augmenter leur production (+4%) pour protéger leur rente future. Ainsi, en octobre, l’OPEP a exporté 28,76 millions de barils, soit 80.000 de plus qu’en septembre (chiffres : agence Bloomberg). Il y a donc de plus en plus de pétrole sur le marché. Le paradoxe ne s’arrête pas là. La consommation de l’or noir est ralentie, en témoigne des stocks au plus haut dans les pays industrialisés depuis 1998. Plus de pétrole sur le marché, moins de consommateurs et…les prix montent !

Là, le manuel d’économie est désuet. Intéressons-nous alors au nombre de barils que peut contenir la cale d’un super tanker. Un pétrolier peut contenir, en moyenne, entre 500.000 et 1 million de barils.

A la mi-novembre 2009, 112 pétroliers étaient immobilisés en mer avec interdiction de livrer l’or noir (L’Echo du 12 novembre 2009). Selon l’estimation de la Deutsche Bank, il y avait à ce moment près de 100 millions de barils (L’Echo du 6 janvier 2010) qui flottaient sur l’eau dans l’attente d’une hypothétique livraison…Il s’agit là de l’équivalent de cinq jours de consommation en Europe.

Qui immobilise de la sorte du pétrole en mer pendant que les prix s’apprécient ? Les fonds spéculatifs qui parient sur un baril à 100 dollars (77 dollars le baril en décembre) à moyen terme. Un pari truqué. En achetant du pétrole sur le marché des contrats à terme puis en refusant de le vendre au comptant ou à court terme, ces fonds créent une rareté fictive et poussent les prix à la hausse.

Ajoutez à cela, un manque d’investissement de la part des majors occidentaux dans les capacités de raffinage et vous comprendrez ce paradoxe du prix pétrolier qui monte quand la demande diminue et que l’offre augmente !

Un paradoxe qui, s’il montre les limites de l’autorégulation des marchés, n’en risque pas moins d’être un frein à la relance de l’économie mondiale et une catastrophe pour les pays producteurs qui devront encore faire face à un effondrement de leur recette lorsque les spéculateurs décideront de vendre. Nul doute que la vague de froid actuelle qui érode les stocks au Nord aura pour conséquence de voir bientôt ces barils revenir sur la terre ferme…

Gresea, 07 janvier 2010.

Bruno Bauraind