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RSEE


A propos de la responsabilité sociale des entreprises

Gérard Fonteneau


Depuis un certain temps, la responsabilité sociale des entreprises est devenue un must.
Institutions publiques (Union européenne, Nations unies, BIT même), monde des affaires, employeurs, organisations de la société civile - au moins certaines - semblent se rejoindre dans la conviction que la " responsabilité sociale des entreprises " est l'élément essentiel des politiques sociales, actuelles et futures, sur tous les continents et dans tous les secteurs. Il faut remarquer que cette stratégie se développe dans une période où les groupes économiques et financiers multinationaux, où l'économie mondiale de marché même, traversent une grave crise interne, dont témoignent de multiples pratiques " irresponsables " socialement ainsi qu'au regard de l'éthique : faillites frauduleuses, acquisitions douteuses, tricheries dans les comptes, rémunérations très élevées des managers etc., non respect de valeurs essentielles, déréglementations etc., découplage entre activités financières et économiques.

Au lieu de législations, de conventions internationales, de conventions collectives, on vante les codes de conduite, les labels sociaux, le sponsoring social etc.

L'objectif de la responsabilité sociale des entreprises est aussi soutenu, paradoxalement, par les pouvoirs publics nationalement et internationalement.
Paradoxalement, car cette stratégie met en cause le rôle régulateur et arbitral de l'Etat, des pouvoirs publics.

Il convient donc d'analyser strictement ce concept, pas toujours très précis, suivant ses promoteurs et ses utilisateurs, d'en mesurer les conséquences sur les instruments nationaux ou internationaux (sectoriels et interprofessionnels), normatifs (droits du travail et droits sociaux), sur l'avenir de ces droits législatifs et contractuels, sur le contenu des politiques sociales.

Cette stratégie concerne très directement tous les acteurs sociaux et particulièrement syndicaux et leurs pratiques.

 

Sommaire

1. La responsabilité sociale des entreprises (RSE), un mythe aussi ancien que le capitalisme.

2. Que signifie le " concept " de RSE dont l'utilisation est très variée ?

3. Pourquoi la stratégie actuelle de la RSE ?

4. Les objectifs de cette stratégie

  • vis à vis des pouvoirs publics
  • vis à vis du droit législatif et contractuel
  • vis à vis des syndicats

5. Les dérives suicidaires des pouvoirs publics

6. La société civile courtisée, résistante ou désemparée

7. Résistances et propositions

  • urgences démocratiques
  • priorités syndicales

 

1. La responsabilité sociale des entreprises, un mythe aussi ancien que le capitalisme.

Au 19e siècle, les travailleurs faisaient l'objet d'exploitations systématiques (bas salaires, conditions inhumaines de travail, discipline militaire dans les entreprises, chômage fréquent). Ils étaient considérés comme des objets, méprisés " classes laborieuses, classes dangereuses " disait-on. Aussi le patronat, jusque vers 1920, soucieux de faire oublier ou d'atténuer l'exploitation et la misère sociale, multipliait les " bonnes œuvres " (écoles privées, églises, ouvroi rs, sociétés sportives).

De ce point de vue, l'élimination du travail des enfants en Europe de 1850 à 1920 est très significative. Les employeurs, les chambres de commerce, en France, Belgique, Grande-Bretagne, se sont opposés constamment à toute réglementation (durée du travail, inspections régulières, scolarité) qui aurait pu selon eux constituer des distortions de concurrence. Au contraire, en accusant les parents de cette situation, ils organisaient eux-mêmes, dans les ateliers, des cours ou des temps récréatifs pour les enfants qui travaillaient, ainsi que des ouvroirs pour les mères des enfants-travailleurs, activités animées fréquemment par les femmes des patrons.
C'est le paternalisme qui fait surgir toutes ces réalisations qui sont toujours évaluées en coûts/bénéfice pour les entreprises.
Ces bons principes ne tiennent d'ailleurs pas longtemps, dès lors que surviennent des circonstances défavorables, comme en témoigne l'histoire sociale européenne. De plus les bons principes sont toujours avancés pour masquer les réalités : plus on gère au court terme, plus on va parler de développement durable, plus on s'enfonce dans le chômage, plus on va vanter la gestion prévisionnelle de l'emploi. Comme le souligne le sociologue Michel Vilette " On dit ce que voudraient entendre ceux qui souffrent d'une réalité inverse " (Le Monde de l'économie - 3.12.02)

Des antécédents plus récents

Après la Conférence de Bandoeng (1955) d'où émerge le mouvement des non alignés, des revendications précises sont avancées par ces pays du Tiers monde en vue d'un nouvel ordre économique et social international, avec des propositions de réformes structurelles dans l'ordre du commerce international, des communications, de l'accès aux nouvelles technologies… et en premier lieu un contrôle public des sociétés multinationales. Ces revendications deviennent très populaires dans les années 1960 : des négociations sont entamées entre pays industrialisés et pays du Tiers monde, sous l'égide de la CNUCED. L'Assemblée Générale des Nations unies décide de créer une Commission sur les multinationales ainsi qu'un centre d'études sur leurs activités. Le but est bien d'élaborer un instrument universel, destiné à soumettre les groupes multinationaux à des règles publiques.

Le contre-feu est allumé par la Chambre de Commerce internationale en 1972 sous le titre " Guide pour les investissements internationaux ". La Chambre de Commerce argumente :

  • sur les grands avantages de l'investissement international
  • sur la nécessité de consultations entre pays hôte et entreprises pour faciliter la compréhension
  • sur l'obligation de traiter l'entreprise multinationale comme une entreprise nationale
  • sur les effets néfastes d'un Code contraignant qui serait un obstacle à l'investissement international

Les pays industrialisés furent vite convaincus de ces principes et progressivement les négociations échouèrent. La Commission ONU sur les multinationales est supprimée et les réformes structurelles sont abandonnées. Cette période des années 1960 est très importante car, sous la pression des milieux d'affaires, les pouvoirs publics nationaux et internationaux se sont désarmés et ont renoncé à établir des règles publiques pour les activités économiques, monétaires et commerciales, dont la dimension devenait de plus en plus internationale.
Devant une opinion publique particulièrement syndicale, exigeant des mesures, la réponse vint en 1976 par le Code de Conduite sur l'investissement international et les entreprises multinationales et en 1977 par la Déclaration de principes tripartite sur les multinationales et la politique sociale. Ces deux textes, non contraignants, sans valeur juridique, donnent des indications de bonne gestion, y compris sociale. Cependant ces textes reprenaient intégralement tous les principes de la Chambre de Commerce internationale. Le consensus de l'OCDE fut imposé à l'OIT par la délégation américaine (employeurs, travailleurs, gouvernement réunis). C'est une réunion d'experts (procédure tout à fait inhabituelle) qui adopta cette Déclaration par 22 voix pour (dont 6 syndicalistes), 1 voix contre (1 syndicaliste) et 1 abstention (1 syndicaliste). Les effets pratiques de ces deux textes sont peu concluants même si certaines critiques émises à l'OCDE ont parfois aidé les travailleurs de ces entreprises à obtenir de meilleurs plans sociaux en cas de fermeture mais de toutes façons, on ne revient pas sur les licenciements ou les restructurations. C'est le droit intangible des entreprises. Ce sera le début d'un processus où des substituts remplacent des instruments normatifs publics, contraignants, avec une force juridique réelle. C'est la première grande manifestation de la " soft law " (loi " molle ", loi douce non contraignante).


2. Que signifie le "concept" de responsabilité sociale de l'entreprise ?

Sous ce terme sont rangés des réalisations et des démarches très diverses : préoccupations morales, éthiques, " bonne gouvernance " sous forme de codes de conduite, de " chartes " auto-proclamées, labels sociaux, placements éthiques, investissements " socialement responsables ", labels sociaux dépendant d'une loi (comme en Belgique) ou non comme au Danemark.
De très nombreuses fondations se sont engagées dans la responsabilité sociale des entreprises, ainsi que beaucoup d'ONG et d'associations. Les grands groupes de production (Shell, Nike, Adidas, Body Shop, etc.) et de distribution (Carrefour, Auchan, C&A, Ikea, etc.) ont " leurs " codes parfois en partenariat avec les ONG.
On peut classer ces instruments sous trois rubriques principales :

  • Codes de conduite, chartes et déclarations auto-proclamées

Le secteur public adopte aussi des déclarations de principes du même type que le secteur privé. Ainsi les Nations unies avec " Global compact " ou la Belgique et le Danemark avec les labels sociaux. Ce sont des signaux envoyés à l'opinion publique, aux consommateurs, aux salariés. Les contrôles de ces instruments sont très variés et souvent très flous. Les codes sont souvent vagues, ainsi que les critères d'évaluation. Ces contrôles sont exercés soit de l'intérieur des entreprises, soit par des organismes dépendant d'eux

  • des fondations ou des organismes indépendants, tels SA 8000 (ONG américaine Social Accountability International) ; AA 1000 cabinets britanniques d'audits (Institute of Social and Ethical Accountability).
    Ces organismes délivrent des labels ou certificats ou offrent leurs services pour contrôler les " codes de conduite " des entreprises ;
  • des organismes de conseils en investissement " socialement responsable " ainsi que des organes de notation qui font des évaluations, en matière sociale ou environnementale, et distribuent des notes aux entreprises.
    La variété des indicateurs, la diversité des méthodes (d'où l'incapacité de procéder à des analyses comparatives) rendent peu fiable l'ensemble des contrôles. Mais un immense marché privé a émergé.

Marché privé du contrôle

L'objectif de responsabilité sociale des entreprises a engendré des définitions multiples :

  • avoir un impact global positif sur la société par un comportement socialement responsable ;
  • l'intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec diverses parties prenantes (définition de la Commission européenne).

On peut tenter une définition :

" La responsabilité sociale des entreprises consiste à ce qu'elles définissent par elles-mêmes, unilatéralement et de façon volontaire, des politiques sociales et environnementales à l'aide d'instruments alternatifs qui ne soient ni les conventions collectives, ni la législation et en offrant, pour réaliser ces objectifs, des partenariats à des acteurs multiples "

L'enjeu du contrôle
Privé ou public ?

La valeur d'un système normatif, surtout international, tient en grande partie à la valeur de son contrôle (critères précis, permettant des analyses comparatives, indépendance des organes de contrôle, publications publiques de ces évaluations.)
Or - volontairement ou non - les organes publics de contrôle se sont affaiblis depuis 20 ans.

  • Dans les pays du Tiers-monde, les administrations du travail (inspection du travail) ont été décimées par les mesures d'ajustement structurel.
  • Dans les pays industrialisés, la déréglementation et la promotion de la flexibilité de l'emploi ont réduit les capacités de l'administration du travail.
  • Le système normatif de l'OIT s'affaiblit (contenu des Conventions, combattu par les employeurs) mais surtout par de fortes réductions budgétaires, limitant ses capacités humaines et financières.

D'où l'importance de l'émergence d'un marché privé de contrôle.
Ainsi, non seulement dans le choix des instruments mais aussi dans celui de leur contrôle, la sphère du droit privé s'étend au détriment du droit public. Ainsi le pouvoir régulateur des pouvoirs publics est démantelé. Cela renforce l'imposition des logiques néo-libérales. Derrière les labels sociaux et les codes de conduite se profilent de plus en plus des agences de certification (cinq grandes agences se partagent l'essentiel du marché).
En 2000, 20.000 audits sociaux auraient été réalisés. C'est donc un marché florissant qui progresse. Pourtant, faute de qualifications réelles en ces matières, se référant à de nombreux critères différents, faute notamment de pouvoir recueillir les avis motivés et indépendants des travailleurs et de leurs représentants, ces contrôles sont peu fiables, car faussés, incomplets et fréquemment prédéterminés.
Cette émergence du marché privé du contrôle préfigure ce que les milieux d'affaires et certains gouvernements veulent obtenir : la libéralisation des services, actuellement en négociation avec le cycle de Doha (AGCS). Il est paradoxal de constater que certains acteurs sociaux et ONG opposés à l'AGCS, contribuent par ailleurs, à étendre le contrôle privé en appuyant codes de conduites, chartes, agences de notation sociale etc.



3. Pourquoi la stratégie actuelle de la responsabilité sociale des entreprises?

On retrouve là les grands principes sur lesquels s'appuie le " paternalisme " :

  • légitimer ses activités
  • faire entendre aux sceptiques ou à ceux qui souffrent des réalités sociales, l'inverse de ces réalités, donc marketing public.

Depuis des dizaines d'années, les entreprises - surtout les grands groupes économiques et financiers - ont plutôt démontré leur irresponsabilité, plutôt que leur responsabilité. L'économie capitaliste de marché apparaît et est de plus en plus perçue comme illégitime par ses pratiques anti-sociales et fréquemment inhumaines. Selon l'idéologie néo-libérale, le but de l'entreprise est de maximiser les revenus des actionnaires, seul mandat éthique et social des entreprises.

C'est d'ailleurs la vision très claire d'un des pères du néo-libéralisme moderne :

" Peu d'évolutions pourraient miner aussi profondément les fondations mêmes de notre société libre que l'acceptation par les dirigeants d'entreprise d'une responsabilité sociale autre que celle de faire le plus d'argent possible pour leurs actionnaires." (Milton Friedman - Capitalisme et Liberté).

Mais en conséquence de cette doctrine néo-libérale, il y a des enfants-travailleurs par millions, l'absence de structures d'éducation ou de santé pour des dizaines de millions de personnes, la surexploitation de travailleurs, de jeunes gens et jeunes filles dans des ateliers-prisons, les très bas salaires, des conditions de travail insensées. Et encore, les dégâts à l'environnement (destruction des forêts, pollutions de l'air, des rivières, de la mer) sous prétexte de productivité et de compétitivité.

Enfin le système actuel est verrouillé - notamment par les sociétés multinationales - pour une répartition moins injuste des ressources, des richesses, des savoirs, des pouvoirs.

Le mal développement social génère les discriminations, les intolérances, les violences et tensions.

Les responsables de ces situations sont, de plus en plus, identifiées dans le monde entier.
D'où les aspirations nombreuses à plus de justice sociale, à des pratiques de développement durable, à des comportements éthiques des managers et des actionnaires des entreprises.
Ce qui est explique simultanément l'offensive des entreprises pour se légitimer socialement et l'aspiration de nombreuses associations et ONG à vouloir croire les dires de ces entreprises, dans la mesure aussi où des réformes de type politique ou les luttes sociales semblent vouées à l'échec.

En plus cette stratégie des entreprises veut atteindre un autre but : mettre l'Etat (les pouvoirs publics) hors jeu de l'économie. C'est un élément important de la doctrine néo-libérale : en même temps empêcher les pouvoirs publics nationaux et internationaux de légiférer en matière sociale ou fiscale mais surtout discréditer complètement les pouvoirs publics dans leur rôle essentiel d'arbitre entre intérêts divergents ou régulateurs des activités économiques, financières ou commerciales ou encore organisateurs ou garants de services publics d'intérêt général.

Ainsi c'est le marché qui encadre la démocratie et non le contraire comme cela devrait être en bonne gouvernance démocratique.


4. Les objectifs de cette stratégie

Outre les aspects de marketing destinés à combattre la perception largement partagée d'illégitimité du système et de ses acteurs principaux : les groupes multinationaux, la responsabilité sociale des entreprises poursuit plusieurs objectifs :

  • Affaiblir, sinon supprimer le droit législatif et contractuel en lui substituant des instruments non contraignants, sans valeur juridique (la déréglementation niveau zéro.)
  • Affaiblir, sinon supprimer le rôle régulateur et arbitral des pouvoirs publics nationaux et internationaux, en lui substituant la régulation volontaire unilatérale des entreprises.
    Atteindre aussi les pouvoirs publics nationaux et internationaux (BIT, Conseil de l'Europe) dans leur rôle de contrôle de l'application des systèmes normatifs, en leur substituant des organismes privés.
  • Etendre la sphère du droit privé au détriment du droit public : des instruments privés (code de conduite, labels, chartes) contrôlés par des organismes privés suivant leurs propres règles… à la place de l'administration publique et de l'inspection du travail. Il s'agit bien là d'une inversion de la démocratie : les entreprises privées prétendant connaître et assurer l'intérêt général à la place des pouvoirs publics nationaux et internationaux.
  • Choisir ses partenaires. Cette stratégie entend offrir des partenariats à des multiples acteurs (stakeholders ou parties prenantes : ONG, droits humains, organisations de consommateurs, organisations de développement, d'environnement etc.) au nom de la multidimentionnalité des problèmes.
    Outre que les nouveaux instruments veulent se substituer aux conventions collectives, les nombreux stakeholders deviennent des concurrents plus dociles et plus malléables que les syndicats et progressivement ces nouveaux acteurs se substituent aux syndicats qui ont gagné, par des luttes de plus d'un siècle, à la fois la représentation collective des travailleurs et la reconnaissance juridique de la convention collective. Ainsi les entreprises peuvent choisir les partenaires qui leur conviennent et écarter les autres.

En fait, le capitalisme mondialisé veut imposer ses options, ses conceptions. Toutes les sociétés, toutes les personnes, tous les groupes constitués doivent partager ce consensus sans confrontation.

Le but c'est d'arriver à une société lisse, sans conflits dont les valeurs, les critères sont ceux du marché.

Seuls les conflits commerciaux entre firmes, arbitrés par le marché (la bourse) ou des représentants politiques (ainsi l'OMC avec son tribunal des règlements des conflits) subsisteraient ainsi que les conflits individuels, privés (y compris dans le monde du travail). La destruction déjà bien entamée des collectifs de travail (relations collectives assurées par les Directions des Relations humaines, entraves nombreuses au droit de grève, affaiblissement des organes représentatifs des travailleurs etc.) préfigure cet objectif qui illustre bien les idées reçues (plus de classes dans les sociétés modernes, donc plus de conflits).
Les entreprises sont-elles capables de s'autoréguler comme elles le prétendent ? Là encore, l'histoire économique et sociale prouve le contraire. Des faits récents : les scandales d'Enron, d'Ahold, Worldcom, du Crédit Lyonnais, Vivendi etc. avec des comptes truqués, des dirigeants indélicats, des rémunérations injustifiées. C'est le capitalisme lui-même incapable de s'autoréguler qui engendre la méfiance. Et les mécanismes internes (conseil d'administration, conseil de surveillance, commission de bourses) n'ont pu empêcher ces scandales qui ont généré des passifs considérables. Les mesures de transparence et de contrôle, prises depuis par les Etats-Unis et certains pays européens, ne sont pas de nature à éviter de tels scandales.
A la fin des années 1970, en Europe, les secteurs de la sidérurgie et des chantiers navals entrent dans une crise grave (surcapacités de production, concurrences acharnées sur les prix). Les responsables sont incapables de s'auto-discipliner… Licenciements collectifs, fermetures de sites. C'est la Commission européenne qui prend des mesures énergiques et contraignantes pour imposer une discipline et empêcher que le désastre économique et social, déjà bien entamé, soit énorme. D'où actuellement les appels de grands patrons pour restaurer la confiance : l'économie de marché doit se moraliser et se donner des garde-fous. La responsabilité sociale des entreprises est un élément de cette contre-offensive.

" Il faut sauver le capitalisme " titrait le supplément Entreprises du journal français Le Figaro (10 mars 2003), constatant les lourdes pertes, en 2002, d'une dizaine de grandes entreprises multinationales, constatant la multiplication des plans sociaux, suite à des fermetures, l'éditorialiste note : " Derrière la cascade des faits se cache une crise profonde que traverse le capitalisme. Pour l'heure, celui-ci inspire plus de méfiance que de confiance. Ce ne sont pas les ennemis du système qui le mettent en danger mais certains de ceux qui en vivent. Les acteurs économiques et financiers doivent se ressaisir et se doter de règles de bonne conduite. "



5. Les dérives suicidaires des pouvoirs publics.

Ce qui est assez surprenant vis à vis de cette stratégie, c'est le silence et même l'acquiescement des pouvoirs publics. Il s'agit pourtant d'enjeux majeurs pour eux : affaiblissement prononcé du droit, remise en cause du rôle central de l'Etat comme pôle régulateur des activités humaines (y compris économiques et commerciales) au nom de l'intérêt général.

On a déjà noté que dans la période des réformes structurelles demandées (années 1955-1975), les Etats s'étaient laissés convaincre (quand ils n'étaient pas complices) qu'il fallait laisser faire le monde des affaires. Le marché, dans tous ses éléments (circulation des capitaux, des marchandises, échanges commerciaux, technologies, communications) ne devait pas être soumis à des règles contraignantes. Il en était de même des politiques sociales (droit du travail, droit social) qui pouvaient constituer des obstacles à l'efficacité économique. Ces conceptions enseignées dans de très nombreuses universités depuis 20 ans, consacraient l'hégémonie de l'économie de marché et des idées néo-libérales. Progressivement, les Etats se laissent aller à des mesures de dérégulation, de privatisation, de déréglementation, soi-disant pour moderniser les sociétés. En oubliant là encore l'histoire au moins européenne : si le progrès économique a permis le progrès social : le progrès social, lui-même, a été un facteur important de progrès économique. La sécurité sociale, par exemple, qui est souvent présentée uniquement comme un coût, représente pourtant par ses revenus de substitution (maladie, chômage, retraite) et sa contribution majeure à la cohésion sociale de la société, un atout essentiel pour l'efficacité économique.

Depuis plusieurs années, la Commission européenne a développé un véritable engouement pour la responsabilité sociale des entreprises. Soumise à un lobby très efficace de la CSR européenne (Corporate Social Responsability regroupant une cinquantaine de grandes entreprises européennes) la Commission a été véritablement séduite par ce qui lui apparaît comme un must, la voie royale moderne du progrès social, responsabilisant le secteur privé et de multiples acteurs de la société civile.

La Commission et toutes ses directions générales apporte un soutien politique et financier important aux activités de la CSR et à la promotion de la stratégie de la responsabilité sociale des entreprises.

Cet engagement de la Commission témoigne pourtant d'une irresponsabilité certaine : ignorante des réalités actuelles du monde du travail, sans véritable culture sociale (notamment historique) la Commission fait preuve soit d'une grande naïveté, soit de connivences avec le monde des affaires.

Ces dérives s'étendent jusqu'au ridicule. Des fonctionnaires de la D.G. " Emploi et Affaires sociales " n'ont-ils pas imaginé d'établir des prix (" Awards " évidemment) pour les meilleures performances des entreprises, par exemple en matière d'égalité de traitement. Star Academy à l'européenne !

Dans cette affaire, la Commission n'a aucune légitimité juridique. Le Traité reconnaît deux voies instrumentales de régulation : la législation européenne (directives sociales) ou la voie contractuelle puisque le Traité d'Amsterdam a institué le rôle co-régulateur des partenaires sociaux (employeurs et travailleurs). Dans ce contexte, la Commission ne devrait pas appuyer le rôle régulateur, unilatéral des seuls employeurs. Cette situation révèle aussi le niveau élevé de pénétration de l'idéologie néo-libérale dans les Institutions européennes et chez nombre de fonctionnaires.

Le BIT s'est aussi saisi de cette question : le conseil d'administration doit en débattre en mars 2003. S'il est tout à fait légitime que le BIT examine toute problématique sociale, il doit analyser cette stratégie avec beaucoup de rigueur et de précaution. D'autant plus que l'OIT a été victime en 1977 de la " soft law " (déclaration tripartite sur les multinationales) et donc de substituts au droit social international. Avec cette décision et l'impuissance qui en a suivi, l'OIT a perdu beaucoup de crédit auprès des travailleurs, notamment ceux et celles qui avaient besoin de protection efficace contre les agissements des multinationales.
Depuis une dizaine d'années, les attaques et remises en cause du système normatif de l'OIT ont repris (elles ont été nombreuses par le passé !).
Cette contestation est venue de certains Etats-membres : les pays de l'ASEAN, avec une approbation, plus ou moins tacite, de nombreux autres Etats, mais elle est surtout le fait des organisations d'employeurs.

Le réquisitoire est connu :

  • contrôle des normes, trop lourd et coûteux, pas toujours objectif
  • jurisprudence exagérée de la Commission des normes, par exemple sur le droit de grève
  • préférence affichée pour des normes non contraignantes : des recommandations plutôt que des conventions

Quand cela leur convient, les employeurs tentent d'agir selon ces principes : sabotage délibéré en 1998 d'une Convention destinée à assurer la protection sociale des travailleurs, employés dans la sous-traitance ; nouvel essai mais non réussi sur la protection de la maternité, dont les employeurs trouvaient la protection trop élevée.

Cependant, toute cette remise en cause n'a pas été sans effets pratiques : soumis à de fortes pressions gouvernementales et surtout patronales, le BIT a finalement réformé des procédures mais surtout réduit les moyens humains et financiers du développement des normes. D'autres mesures de réduction de budget sont annoncées.

En affaiblissant les moyens de son système normatif, l'OIT va au devant des intentions à la base de la stratégie de responsabilité sociale des entreprises.

Depuis 10 ans l'OIT a reconquis chez les travailleurs et dans l'opinion publique internationale une légitimité et une fiabilité qui la distingue des autres institutions internationales. Ce n'est pas le moment de dilapider ce précieux capital.

Par contre, le ménage a été fait dans la plupart des pays du sud de la planète par les ajustements structurels de la Banque Mondiale et du FMI : déréglementation des droits du travail ; abolition des codes du travail, suppression des administrations du travail, souvent peu développées, particulièrement les inspections du travail dans l'industrie, l'agriculture ou les services.
Supprimés ou privatisés, tous les obstacles au progrès économique et à l'investissement ont été anéantis. Pourtant, dans ces pays, ni l'investissement, ni le progrès économique ne sont au rendez-vous ! Gag ??

6. La société civile courtisée… résistante et désemparée

La stratégie, unilatérale et volontariste, responsable des entreprises a aussi une caractéristique qui est avancée comme une volonté d'objectivité. Partant du principe que les syndicats, à eux seuls, ne peuvent représenter l'intérêt général et prendre en charge tous les éléments constituant la responsabilité sociale des entreprises (en fait, la société entière, suivant cette stratégie). Aussi convient-il de solliciter des partenaires variés, ayant des intérêts et même des expertises dans des domaines divers : développement, environnement, droits humains, défense des consommateurs, de groupes particuliers.
Cette approche a compliqué la mise en œuvre de cette stratégie : floraison de codes de conduite, de chartes aux objectifs divers, avec des coalitions parfois hétéroclites d'acteurs et des méthodes de contrôle disparates.

Les analyses de ces codes par le BIT témoignent de ce flou des objectifs et du contrôle, comme du choix des priorités (la liberté d'association venant souvent en dernier lieu).

De nombreuses ONG, surtout celles ayant l'habitude de travailler avec les syndicats dans des campagnes diverses, ont su résister et garder leur sens critique vis à vis des entreprises " sociales ". Par contre beaucoup d'entre elles sont tombées dans le piège, soit de bonne foi : elles pouvaient s'engager et faire du bien (enfants-travailleurs notamment) et surtout en avoir les moyens (les entreprises rémunérant les prestations de ces ONG). Il y a tout un enchaînement où des associations ou ONG respectables, sans véritable culture sociale (histoire et relations collectives actuelles) croient trouver des terrains et des moyens d'action nouveaux, que ne pouvaient plus fournir les subventions publiques. Elles se trouvent aussi valorisées, en côtoyant grandes marques et grandes entreprises, et ont l'impression de décupler ainsi leurs activités.

Certaines de ces organisations qui avaient défendu farouchement leur indépendance vis à vis des pouvoirs publics qui leur assuraient des subventions semblent trouver sans problème le financement ou le sponsoring des grandes entreprises. Ces ONG sont persuadés de la bonne foi des entreprises et assurées qu'elles ne sont pas instrumentalisées.

Ces évolutions sont-elles à porter au crédit de la progression dans les esprits de l'idéologie néo-libérale (pouvoirs publics dévalorisés, acteurs du secteur privé valorisés) ?
Cette stratégie est donc un défi pour le mouvement syndical et la négociation collective.
Les nouveaux partenaires sont nombreux car cela donne des possibilités de choix pour les uns et d'écarts pour les autres.
Comme le faisait remarquer la CES dans une note consacrée à cette stratégie, il faut dénoncer d'abord trois illusions :

  • l'illusion que les rapports de pouvoir n'existent plus et que l'on baigne dans un consensus sans intérêts divergents entre acteurs
  • l'illusion que tous les partenaires de l'entreprise sont à égalité de savoir et de pouvoir : management, actionnaires, syndicats, consommateurs, ONG, pouvoirs publics. L'histoire sociale a largement témoigné du fait que le pouvoir ne se partage pas dans l'entreprise. Au moins sur l'essentiel. Ce sont les actionnaires et le management qui déterminent la politique, décident et ne partagent pas leurs décisions
  • l'illusion que la méthode volontaire est la plus pertinente et la plus efficace, car basée sur la bonne volonté et le savoir des entreprises.

Face à la responsabilité sociale des entreprises, définie par la CSR, la situation européenne est la suivante :

  • la grande majorité des syndicats est sans illusions. D'autant plus que les enseignements de l'histoire sociale et les pratiques actuelles plaident contre cette stratégie
  • certains syndicats se croient suffisamment forts pour détourner ces stratégies ou utiliser ces nouveaux instruments, en faveur des travailleurs
  • quelques syndicats rêvent d'une entente avec les employeurs, en oubliant qu'un des partenaires est le plus fort

Si les syndicats doivent dénoncer cette stratégie, s'y opposer, en dévoiler les véritables buts et motivations auprès des travailleurs et des ONG, il faut aussi qu'ils soient très présents dans ce combat avec des propositions.


7. Résister et proposer

7.1. Urgences démocratiques

Sans jouer aux grands mots, ni pratiquer un certain pathos, c'est tout de même la démocratie qui est en jeu dans cette stratégie de la responsabilité sociale des entreprises. C'est un pas de plus de l'emprise du marché sur toutes les sociétés, toutes les activités humaines, mais aussi sur la pensée et les actions des personnes et de leurs organisations. L'entreprise privée veut prendre la place de l'Etat et des pouvoirs publics, en indiquant ses choix correspondant prétendument à l'intérêt général de la société, en imposant ses règles non contraignantes (soft law au lieu de normes législatives et contractuelles), en organisant des contrôles privés, surtout fictifs, au détriment des administrations publiques du travail. La privatisation du droit public s'étend.

Marc Sangnier, homme politique français, pacifiste et engagé socialement, affirmait à la fin des années 1950 : " la démocratie s'est arrêtée aux portes des entreprises ". C'est toujours vrai sur l'essentiel. Certes des aménagements ont été faits : transparence des activités vis à vis des pouvoirs publics et en principe vis à vis des salariés. Des structures de représentation et des méthodes de concertation ont été imposées mais il a fallu pour cela de très grands événements (réformes structurelles en Europe après 1945) pour que de légers changements interviennent. L'entreprise reste toujours une structure féodale, hiérarchique, transmise suivant les concepts de la propriété privée. Elle ne doit des comptes qu'à ses actionnaires. Les monarchies constitutionnelles ont de réelles vertus démocratiques. Pas les entreprises ! d'autant plus que le contrôle sociologique qui existait dans l'environnement de l'entreprise (localité, ville) quand le patron-propriétaire, ainsi que sa famille, était connu et agissait de fait avec une certaine transparence. Tout cela a disparu avec les concentrations et les constitutions de grands groupes économiques et financiers. Le capital est varié, très mobile et parfois peu identifiable, le pouvoir de décision est complexe, opaque, lointain. Les motivations des décisions (à part l'espoir de maximiser les profits) sont peu déchiffrables.

Cette situation où de grands groupes économiques et financiers dont les activités sont décisives (en bien ou en mal) sur la vie des sociétés fonctionne de façon non démocratique. Il existe donc, dans les régimes démocratiques les plus achevés, des espaces de non-démocratie ou du moins où la démocratie (Etat, pouvoirs publics) n'intervient que partiellement ou provisoirement (comme une pièce d'une maison d'habitation qui ne serait éclairée que par quelques rayons, les jours où le soleil est présent). Ces mêmes entreprises utilisent d'ailleurs très largement pour leurs sous-traitances des zones de non droits : les zones franches d'exportation. Les entreprises restent donc des lieux où la démocratie reste à implanter plus concrètement : transparences accrues, choix des dirigeants, transmission des propriétés et des patrimoines, organisation du travail, partage des bénéfices, conditions de travail, obligations vis à vis des sociétés etc.
Mais les résistances seront très fortes : il a fallu plus de 25 ans pour obtenir un statut des travailleurs dans la société anonyme européenne.
Après la fermeture de Renault-Belgique la question de la nécessité de l'information/consultation dans les entreprises a été posée. Les employeurs ont refusé de négocier sur ce sujet un accord européen avec les syndicats. La Commission européenne a mis très longtemps à élaborer une proposition de directive. Et il a fallu 3 ans au Conseil des ministres pour adopter une version très édulcorée d'une obligation d'information/consultation dans les entreprises de plus de 20 personnes (contenu flou, pas de contraintes, pas de sanctions prévues pour carences). La lutte contre l'instauration des comités d'entreprises européens a été intense, animée par le lobby des entreprises européennes et américaines. Rendre les entreprises plus transparentes, donner des informations régulières sur la marche de l'entreprise aux représentants élus des travailleurs était considéré comme une démarche anti-économique.
La seule issue à un processus de démocratisation des entreprises, c'est la voie contractuelle, entre partenaires responsables. Depuis 20 ans, le monde des affaires a affaibli les Conventions collectives de plusieurs manières : refus de négocier, affaiblissement des contenus, obligations de négocier localement (là où n'existe qu'un pouvoir de décision pour des questions peu importantes) au détriment du niveau national, sectoriel, européen ou au niveau du groupe central.
Les syndicats ont depuis longtemps prouvé leurs capacités de négocier à tous ces niveaux et de tenir leurs engagements, y compris dans des situations difficiles.

On peut tout à fait envisager des espaces plus larges de négociations avec des partenaires divers.
Ces dernières années, on a expérimenté de nouvelles formes de négociations

  • ainsi pour l'insertion à l'emploi de personnes ou groupes en difficultés on a pu mesurer l'efficacité de partenariats élargis entre directions, syndicats d'entreprises, syndicats locaux, pouvoirs publics locaux, ONG et associations spécialisées, administrations publiques du travail;
  • ainsi pour des problèmes d'environnement ou de développement durables (rejets de substances toxiques dans l'air ou l'eau par des entreprises, risques d'accidents majeurs) des négociations entre d'une part la direction de ces entreprises et d'autre part les syndicats de l'entreprise, les associations concernées, les pouvoirs publics locaux et les services publics compétents… ont abouti à des mesures ou aménagements de dépollution ou de suppression des risques.

Dans ces opérations à acteurs multiples, les responsabilités de chaque partenaire doivent être précisées (nature des engagements, échéances) et l'accord collectif devra être déposé devant une institution publique.

La gestion contractuelle de la vie en société (gestion d'immeubles collectifs, d'équipements collectifs, d'aménagement des quartiers, du territoire, de la mobilité en ville ou en campagne, de l'accès aux services publics, services d'éducation, santé, transports, énergie etc.) est certainement la voie la plus prometteuse de redémocratisation des sociétés, y compris des entreprises.



7.2. Priorités syndicales

Face à la stratégie de la responsabilité sociale des entreprises, le mouvement syndical doit résister, s'opposer, démonter motivations et implications. Mais ce comportement n'est pas suffisant, il faut un engagement positif sur le terrain de la RSE. Cependant d'emblée il convient de souligner l'option fondamentale du mouvement syndical : l'opposition totale à une régulation unilatérale, volontaire des entreprises et l'option pour que la responsabilité sociale des entreprises soit ou encadrée par la législation ou fasse l'objet d'accords contractuels avec les syndicats et éventuellement avec d'autres partenaires.

Dans les domaines possibles d'actions, on peut retenir :

  • des activités en alliance avec ONG associations (stakeholders sollicités dans le cadre de la RSE)

    i. soit rencontres et débats pour confronter les approches des syndicats et des ONG vis à vis de la RSE

    ii. soit des activités pédagogiques pour mieux connaître les réalités actuelles du monde des entreprises, approfondir le contenu et l'utilisation des systèmes normatifs sociaux internationaux (OIT, Conseil de l'Europe), rappeler des éléments d'histoire sociale

    iii. soit mener des campagnes communes (comme vêtements propres, le jouet) pour faire connaître des réalités de fabrication, identifier les donneurs d'ordres et soutenir la création ou les actions des syndicats de ces entreprises

    iv. soit étendre ces campagnes à la réhabilitation des services de l'administration du travail, démantelés par les mesures d'ajustement structurel dans de nombreux pays.
    Application des Conventions OIT, no. 150 (administration du travail), no. 129 (inspection du travail dans l'agriculture)

    v. soit travailler à mettre sur pieds des contre-pouvoirs dans la sphère de la consommation ou du développement durable.

Le mouvement syndical dans toutes ses composantes (international, régional, national, sectoriel et interprofessionnel), pourrait se donner comme objectif :

Dans cinq ans, toutes les entreprises internationales auront signé des accords contractuels avec des représentations des travailleurs de toutes leurs entreprises et filiales afin de mettre en œuvre, au minimum, les 8 Conventions OIT composant les droits sociaux fondamentaux.
Ces accords contractuels, applicables dans tous les lieux de travail, en dépendance avec l'entreprise, seront assortis de mécanismes paritaires de contrôle et de suivi.

Le BIT (voir plus loin) devra prendre une part active à la mise en place de ces accords internationaux d'entreprises.

Le mouvement syndical souhaite que le BIT s'engage activement :

  • Suivi régulier de toutes les activités se rapportant à la RSE. Analyses, éléments de débats, relations avec système normatif de l'OIT, études globales et thématiques.
  • Etendre le système normatif de l'OIT

    i. En 2003, l'adoption ou non d'une Convention sur la protection sociale des travailleurs de la sous-traitance sera un test majeur. L'attitude des employeurs à la Conférence Internationale du Travail de 2003 démontrera leur niveau de conception de la responsabilité sociale des entreprises

    ii. Une Convention assurant le principe d'un revenu minimum garanti

    iii. Une Convention et une Recommandation en vue de la lutte contre le stress au travail et la protection sociale des travailleurs contre les harcèlements et les situations de violences ou de mépris sur les lieux de travail

    iv. Une Convention et une Recommandation assurant la protection des travailleurs touchés, directement ou indirectement, par des licenciements collectifs ou des restructurations.

  • Vis à vis des accords internationaux d'entreprises.
    Le BIT serait le lieu d'enregistrement de ces accords. L'agréation des accords par le Conseil d'administration de l'OIT signifierait leur conformité au système normatif de l'OIT.
    A la demande des parties, le BIT pourrait prêter assistance pour le contenu de l'accord et les mécanismes paritaires de contrôle et de suivi.
    Le BIT pourrait aussi apporter son appui pour une connaissance approfondie par les contractants du système normatif de l'OIT. En cas de carences sur la mise en œuvre ou de contentieux entre les contractants, les parties pourraient faire appel au Conseil d'administration du BIT qui prendrait les mesures nécessaires.
  • Apporter une assistance technique appropriée pour réhabiliter les services d'administration du travail dans de nombreux pays.
    Serait bienvenue également une promotion énergique des Conventions 150 (administration du travail), 81 et 129 (inspection du travail).

Bien d'autres domaines pourraient faire l'objet d'investigations et d'actions (méthodes d'évaluation, financements des intervenants, politiques publiques relatives à l'amélioration des performances sociales et environnementales des entreprises etc.)

Reste que constituer des contre-pouvoirs dans les entreprises - tous les lieux de travail - est l'objectif prioritaire. Outre son sens profond démocratique, ce serait la seule manière de légitimer et d'ancrer la confiance des citoyens vis à vis des entreprises.

Gérard Fonteneau
21 mars 2003.