Doux culbute son modèle congelé


Mardi 12 juin 2012, Erik Rydberg, 2348 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Amarré à une dette de 430 millions d’euros, le dépôt de bilan du groupe Doux, leader mondial du poulet industriel et "fleuron" de l’agroalimentaire français, ramène à l’avant-scène un opérateur de la mal-bouffe destructrice de la paysannerie du Tiers-monde : le Gresea y a consacré un livre et nos amis de SOS-Faim de nombreuses campagnes. En France, c’est patatras, car Doux emploie 3.300 travailleurs et c’est sans compter les milliers de fournisseurs, sous-traitants et éleveurs sous contrat qui voient leur plan de survie s’effondrer. Survie, le mot est faible : 80% des employés des abattoirs et usines du groupe sont payés au smic et les éleveurs, endettés jusqu’au cou (ils supportent tous les frais de production et – jouant aux banquiers pour Doux – sont payés à 60-150 jours), n’obtiennent royalement de Doux que 17 centimes le kilo de poulet engraissé à la va-vite dans des clapiers géants comptant 25 bestioles au mètre carré. Mais, pas perdu pour tout le monde. Spécialiste du poulet à la découpe, Doux va sans doute subir le même sort, avec bataille autour des meilleurs "morceaux". Celui du poulet congelé à l’exportation, par exemple, qui bénéficie d’aides européennes substantielles (59 millions d’euros sur un an, 2010-2011). Celui de la "branche produits transformés" (nuggets et compagnie) qui est aussi source d’un joli trafic de fret subsidié : grâce à un étonnant règlement européen, relève le Canard enchaîné, un léger saupoudrage de sel transformera la marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
en "volaille saumurée" avec réduction de 20% du tarif douanier. En tant que "produit peu valorisé", le poulet frais, par contre, n’est pas très juteux, ne serait-ce que parce que la grande distribution, gagnante à tous les coups (elle représente 70% des ventes), lamine ici les "marges". Pour la filière, en France, ce n’est pas une bonne nouvelle – au Brésil non plus, probablement, où la filiale Frangosul du groupe Doux est venue plomber les comptes.

Sources : Le Monde du 2 juin 2012 et le Canard enchaîné du 6 juin 2012.

Voir aussi SOS-Faim http://www.sosfaim.be/ong-developpement-FR-campagnes-autres_campagnes.htm et Denis Horman, "Chicken connection - Agrobusiness, dumping, souveraineté alimentaire : Le poulet africain étouffé par l’Europe", éditions Gresea, 2004.