Tinto Alcán, grand bénéficiaire du coup d’Etat parlementaire au Paraguay.


Mardi 11 septembre 2012, Lise Blanmailland, 4469 signes.
Cet article a été visité 378 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Porté au pouvoir en 2008 par une coalition de partis et mouvements sociaux de gauche, l’ancien évêque Fernando Lugo avait vaincu dans les urnes le parti Colorado, survivance de la dictature qui avait monopolisé le pouvoir pendant 61 ans. Si les mesures gouvernementales restaient timides, des dirigeants de gauche occupaient néanmoins des ministères et le gouvernement Lugo devenait un réel interlocuteur des paysans dans un pays où 2% sont propriétaires de 80% des terres fertiles. Sera entre autres créée une Coordination exécutive pour la réforme agraire. La Commission vérité et justice avec l’Institut national du développement rural et de la terre écriront aussi un rapport sur les 8 millions d’hectares de terres injustement réparties et un projet de réforme garantissant un système de santé gratuit et universel.

Accusé d’entretenir des rapports avec le l’EPP (l’armée du peuple paraguayen) ou encore de mener une vie de mauvaises mœurs, Lugo ne bénéficie pas d’un soutien social suffisant. Par ailleurs, seuls un député et deux sénateurs constituent ses appuis personnels au Congrès.

En quarante-huit heures, le 22 juin 2012, l’évêque de gauche sera destitué lors d’une procédure d’urgence instaurée par le Sénat et remplacé par l’ex-Vice-président Federico Franco, soutenu, lui, par l’Eglise, le Congrès, le patronat (principalement l’agro-industrie) et les médias, aux mains de la vieille classe politique et de l’oligarchie.

Le Canada sera le troisième pays, après le Vatican et l’Allemagne, à reconnaître le nouveau gouvernement. Le fait que l’entreprise Rio Tinto Alcan (RTA) y soit basée y serait-il pour quelque chose ?

Le géant minier, numéro un du secteur de l’aluminium, planifiait d’investir une aluminerie sur les côtes de la rivière Paraná, entente mise en suspend par l’administration de Lugo. Pourtant, le ministre de l’Industrie et du commerce Francisco Rivas, le seul qui verra son poste confirmé par le nouveau gouvernement ainsi que l’ex-Vice-président et actuel président Federico Franco s’étaient montrés favorables aux conditions imposées par RTA pour son implantation au Paraguay. Celles-ci consistaient à octroyer à l’entreprise des subsides à l’énergie atteignant 200 millions de dollars US par an. Par contre, le Président de la République s’y est opposé formellement. Selon lui, non seulement les investissements ne créeraient pas tant de postes de travail, mais une telle réduction du prix de l’électricité ferait en plus perdre à l’Etat un milliard de dollars en cinq ans, sans parler des dégâts environnementaux qu’engendreraient une telle usine.

Le coup d’Etat parlementaire de juin 2012 aura pour conséquence directe d’avoir éliminé tous les opposants au sein du gouvernement aux conditions imposées par RTA. Un mois plus tard, le nouveau président donne des instructions au Ministre de l’Industrie et du Commerce pour entamer au plus vite les négociations avec Rio Tinto Alcán.

L’entreprise n’en est pas à son premier scandale. Elle est notamment accusée d’avoir décimé fin des années 80 la population de l’île de Bougainville en Papouasie Nouvelle Guinée et d’avoir poussé le gouvernement à recourir à l’armée pour exercer de sanglantes représailles après des sabotages menés dans les mines par des ouvriers. Ajoutons-y l’appui au régime de l’apartheid en Afrique du Sud ou encore tout récemment le lock-out de six mois à partir de janvier 2012 dans la ville d’Alma au Québec afin d’étouffer la lutte des travailleurs contre l’intention des patrons d’augmenter radicalement la sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
.

Voici un comportement quelque peu paradoxal pour une entreprise qui, à en croire son « code de bonne conduite », « travaille en respectant les lois et coutumes des pays hôtes et en assurant un partage équitable des bénéfices et des opportunités » et considère « la santé et la sécurité de ses employés, le développement durable et une gestion des affaires qui suit des principes éthiques comme des priorités »…

Sources principales : Silvio Núñez, Paraguay : la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
Rio Tinto Alcán et le coup d’Etat, parties un et deux, publiés sur le site du CADTM en juillet 2012
http://cadtm.org/Rio-Tinto-Alcan-et-le-coup-d-Etat