Le luxe LVMH : paradis fiscaux et bénéfices détaxés


Mardi 23 octobre 2012, Romain Gelin, 2435 signes.
Cet article a été visité 548 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

LVMH, groupe dirigé par le millionnaire Français Bernard Arnault, est le 1er groupe mondial de l’industrie du luxe, et surplombe une nébuleuse d’un millier de sociétés, pas moins. Deux d’entre elles, Hannibal et Harmony, basées respectivement au Luxembourg et à Hong Kong vont nous intéresser. En 2008, les deux filiales disparaissent de la liste des sociétés contrôlées par LVMH. La même année, au travers de plusieurs contrats dont les transactions ont été prises en charge par le Crédit Agricole et la Société Générale, les deux filiales achètent 12,8 millions d’actions Hermès (3,2 millions d’actions pour Hannibal et 9,6 pour Harmony) au prix moyen de 91 euros l’action Action Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
. Ces montants apparaîtront comme "valeurs mobilières" dans les comptes des sociétés filles. En octobre 2010, les parts Hermès détenues par les deux filiales sont cédées à LVMH à un prix moyen de 173 euros par action Action Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
, les cours ayant augmenté entre-temps. La plus-value Plus-value En langage marxiste, il s’agit du travail non payé aux salariés par rapport à la valeur que ceux-ci produisent ; cela forme l’exploitation capitaliste ; dans le langage comptable et boursier, c’est la différence obtenue entre l’achat et la vente d’un titre ou d’un immeuble ; si la différence est négative, on parlera de moins-value.
(en anglais : surplus value).
réalisée par les deux filiales du groupe : 1 milliard d’euros. L’intérêt de l’opération pour LVMH ? Engranger 1 milliard de bénéfices au travers des deux filiales qui ne seront que peu ou pas imposées, celles-ci étant basés dans des paradis fiscaux. Et puis, naturellement, poursuivre sa politique de prise de contrôle insidieuse de son concurrent Hermès, où il détient désormais 24,1% du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
social. Hermès, pour mémoire, a porté plainte en juillet 2012 auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) au sujet des modalités de l’entrée dans son capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
de LVMH...

Sources : Le Monde du 12 octobre 2012 et Le Canard enchaîné du 17 octobre 2012

Addendum 10 octobre 2012 :
Suite du feuilleton Hermès – LVMH. Le groupe de B.Arnault était entré en octobre 2010 au capital Capital de son concurrent de manière quelque peu discutable, par l’intermédiaire de deux de ses filiales basées au Luxembourg et à Hong-Kong. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu son verdict : l’opération est légale bien que le public aurait dû être informé plus tôt. Les franchissements de seuil, comme c’est ici le cas (LVMH est entré à hauteur de 20% dans le capital Capital d’Hermès), doivent en effet être déclarés au préalable. La famille Hermès a finalement été déboutée de sa plainte pour manipulation de cours et délit d’initié Délit d’initié Opération frauduleuse consistant pour certains opérateurs bénéficiant d’informations privilégiées comme des courtiers ou des agents hauts placés dans les banques, sachant qu’une transaction va se réaliser, dans l’achat ou la vente des titres soit pour eux-mêmes, soit pour des « amis » avant que cette transaction n’ait lieu. De cette manière, ils achètent ou vendent un titre, alors qu’ils savent que la transaction va faire monter ou baisser ce titre, grâce au fait qu’ils sont intermédiaires (initiés).
(en anglais : insider trading).
.

Source : Le Canard enchaîné du 24 octobre