Qu’est-ce qui se cache derrière les notions de productivité ?


Jeudi 31 janvier 2013, Henri Houben, 30132 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
, quoi de plus simple à comprendre ! C’est une mesure d’efficience économique (et de propagande, « compétitivité » oblige). Elle évalue le nombre de produits fabriqués par personne. Grosso modo. Mais c’est beaucoup, beaucoup plus compliqué que cela. Suivez le guide…

Combien de produits par travailleur ? On peut commencer par là. Ainsi, si on reprend des symboles, Q étant la quantité produite et L l’emploi, la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
, symbolisée souvent dans les écrits économiques par la lettre grecque π [1], est égal au rapport :


 

 Et la messe est dite.

Eh bien, non. C’est là que commencent les problèmes. En effet, on prend la quantité créée. Mais quelle quantité ? Il faut déjà que le bien soit homogène. Mais, même dans ce cas, on n’est pas au bout de nos peines. Si je dois cueillir des pommes, si elles se trouvent toutes en bas du pommier, j’irai plus vite que si elles se situent au sommet d’un arbre élevé. Cela n’a rien à voir avec mes capacités, ma technologie et ma rapidité. En quoi serais-je moins productif, si je passe mon temps involontairement sur une échelle ? Et puis, que fait-on en situation de produits non homogènes ? Comment comparer des poires et des tulipes ?

Il y a ensuite l’emploi. Comment évaluer les performances de travailleurs qui œuvrent durant des heures différentes, avec des contrats personnalisés en temps plein et partiel ? On essaie de résoudre la difficulté en utilisant l’heure de travail ou le salarié ramené en équivalent temps plein. Mais il faut que les données existent.

 La voiture en équation économique

Qu’on se rappelle la fermeture de l’usine d’Opel Anvers. « C’est injuste », disaient les ouvriers et les délégués flamands, « notre productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
est supérieure à celle de Bochum qui fait le même produit et c’est nous qu’on jette ». C’est injuste, en effet. Mais pas pour les raisons invoquées.

Des calculs sur la productivité dans l’industrie automobile existent depuis longtemps. Ils sont d’abord l’œuvre des experts d’entreprise qui établissent pour le compte de leur direction des comparaisons entre usines d’un même groupe. Ces études ont été popularisées quand, à la fin des années 80, une équipe du MIT (Massachusetts Institute of Technology) publie ses résultats dans un ouvrage qui fait, à l’époque, sensation : The Machine that Changed the World [2].

Ils établissent qu’en moyenne, un constructeur nippon assemble une voiture normale en 16,8h au Japon, 20,9h aux États-Unis, une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
américaine met environ 24,9h aux États-Unis et une firme européenne 35,5h en Europe [3]. Stupeur dans le monde de l’automobile.

Les Big Three de Detroit (General Motors, Ford et Chrysler) sont mortifiés. Mais ils appliquent les préceptes inclus dans le livre du MIT : se mettre au diapason du meilleur, à savoir Toyota. En Europe, en revanche, on conteste la méthode de calcul, surtout du côté français. Ce qui ne va pas les empêcher eux aussi d’introduire les nouvelles méthodes toyotistes.

Comment est effectuée l’évaluation des experts ? Elle se fonde sur le temps d’assemblage. En termes généraux, cela signifie le nombre d’heures de travail nécessaires pour assembler une voiture. Ainsi, si on appelle t le temps d’assemblage moyen d’un véhicule, L est l’emploi, Q la quantité de voitures produites, H le nombre d’heures effectuées par chaque travailleur en moyenne et f un coefficient technique qu’on précisera par la suite, on obtient :


 

 

Cette méthode est donc l’inverse de la productivité (qui prend le nombre de voitures produites par heure). Mais l’effet est le même : plus le temps d’assemblage est court, plus la productivité est élevée (et inversement).

Seulement, tout est contestable dans la formule. D’abord, l’emploi : qui cela concerne-t-il ? les ouvriers du constructeur même ou ceux aussi de la sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
qui peuvent se retrouver aussi sur une ligne de montage ? Puis, les heures de travail. On sait, par exemple, que les salariés japonais effectuent des heures supplémentaires non comptabilisées et non payées. Ainsi, après son travail effectif, chacun d’entre eux nettoie sa place de travail. Alors que la plupart des usines américaines et européennes fonctionnent en deux ou trois shifts de huit heures se succédant immédiatement, les entités nipponnes (sauf chez Honda) n’en ont que deux avec un battement de quatre heures entre elles, permettant à la fois une flexibilité horaire [4] et l’entretien quotidien des machines : une équipe de jour et une de nuit.

Cela se complique encore avec les éléments au dénominateur. Comment comparer le travail pour une subcompact, une compact ou une voiture de taille moyenne [5] ? Il faut ajouter sans doute du travail en plus avec le degré de complexité du véhicule. Mais combien ?

Cela devient plus obscur lorsqu’il s’agit d’intégrer des éléments très particuliers de la configuration de l’unité de production. Une usine d’assemblage comprend en principe quatre départements : l’emboutissage, où les pièces de tôle sont forgées pour former la carrosserie ; la tôlerie, où celles-ci sont soudées ; la peinture, où la carrosserie est peinte ; le montage final, où tous les composants (c’est-à-dire plus de 10.000, mais la plupart sont déjà préassemblés) sont placés dans le véhicule. Mais certaines entités n’ont pas d’atelier de presse, l’acier venant forgé d’une autre unité plus centrale. Sans compter que certaines usines fabriquent des éléments pour une bonne partie du groupe. Ainsi, le site de Genk réalise les roues pour Ford Europe, notamment pour ses consœurs britanniques.

Comment synthétiser tout cela pour avoir des données de productivité plus ou moins comparables ? C’est l’objectif de ce fameux coefficient technique f. C’est lui qui doit absorber toutes ces différences dans les configurations des usines ou dans la production de telle ou telle tâche supplémentaire. Il est établi lorsque les experts du MIT passent dans la firme pour observer ce qui est réellement fabriqué. Il ne fait pas unanimité, car il peut faire l’objet d’interprétations diverses.

Malgré ces difficultés et les réticences des patrons européens, tous les constructeurs ont accepté de collaborer au programme IMPV (International Motor Vehicle Program [6]) du MIT. Toutes les firmes désignent deux ou trois usines qui feront l’objet d’une visite et d’une enquête de la part des spécialistes universitaires et ceux-ci calculeront le temps d’assemblage moyen de ces unités, qui pourront être ainsi comparées entre elles.

Sans doute n’y faut-il pas voir le dernier mot en matière de productivité. Mais ces données ont le mérite d’exister et d’essayer d’objectiver la réalité. Le problème majeur est que ces chiffres sont secrets. Mais qui n’y a-t-il pas réellement accès ? Essentiellement les salariés et la population. Les dirigeants automobiles peuvent en disposer, puisqu’ils participent au programme, et ils achètent les études globales, souvent fort chères, qui en sont tirées.

 La productivité en valeur

Les estimations des performances dans l’industrie automobile montrent les difficultés pour avoir des indicateurs fiables et incontestables. Mais, si le processus de production y est complexe, le produit est relativement homogène. Comment comparer dans le secteur chimique des produits qui peuvent varier très fortement ? Et dans l’électronique, peut-on analyser l’efficacité d’une unité fabriquant des microprocesseurs et une autre des radios et des téléviseurs ? Sans compter la productivité entre des domaines totalement différents.

Alors, on utilise une formule générale, basée sur la valeur produite, qu’on peut affiner par la suite. La valeur ajoutée Valeur ajoutée Différence entre le chiffre d’affaires d’une entreprise et les coûts des biens et des services qui ont été nécessaires pour réaliser ce chiffre d’affaires (et qui forment le chiffre d’affaires d’une autre firme) ; la somme des valeurs ajoutées de toutes les sociétés, administrations et organisations constitue le produit intérieur brut.
(en anglais : added value)
est la différence entre le chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
et ce qu’on appelle le coût des biens et services. Un exemple simple doit permettre de comprendre cette notion. Comme nous l’avons souligné ci-dessus, une firme automobile utilise de l’acier pour fabriquer des voitures. Le prix de la voiture incorpore donc autant le travail d’assemblage des ouvriers sur la chaîne de montage que celui assurant la transformation du fer et du coke en acier. Seulement, si on prend l’ensemble d’une économie et qu’on additionne tous les montants achetés et vendus, on comptera dans la voiture deux fois (ou plus) le prix de l’acier. C’est pourquoi dans la contribution de l’entreprise automobile, on retirera ce qu’il a fallu payer pour l’acier à la compagnie sidérurgique, tout comme chez cette dernière on enlèvera le prix du charbon et du fer.

Si on désigne par VA la valeur ajoutée Valeur ajoutée Différence entre le chiffre d’affaires d’une entreprise et les coûts des biens et des services qui ont été nécessaires pour réaliser ce chiffre d’affaires (et qui forment le chiffre d’affaires d’une autre firme) ; la somme des valeurs ajoutées de toutes les sociétés, administrations et organisations constitue le produit intérieur brut.
(en anglais : added value)
de chaque société, la formule générale de la productivité sera :


 

 

Toute firme, peu importe le secteur, crée de la valeur ajoutée. On peut donc en tirer un indice de productivité qu’on peut comparer avec celui des autres.

Mais, rappelons-nous, la productivité marque un rapport quantitatif : celui d’une quantité produite par homme ou par heure de travail. Or, la valeur ajoutée peut être influencée par les prix. De fait, si le coût de l’acier baissait, alors que le prix du véhicule vendu grimpait, on assisterait à une augmentation du ratio, sans qu’il y ait eu un changement quelconque dans la productivité. Paradoxe ! C’est pourquoi on essaie de choisir une valeur ajoutée en termes réels (c’est-à-dire où l’indice des prix a été neutralisé).

Le problème est qu’on neutralise surtout les variations de prix et non la hauteur relative de ceux-ci. Si les tarifs augmentent subitement, on en déduira l’effet dans le calcul de la valeur ajoutée en termes réels. Mais, si une firme impose des prix élevés à cause de sa position de monopole ou simplement dominante dans un secteur, cela sera incorporé aux résultats nominaux aussi bien que réels. On verra que cela peut avoir une grande importance dans les analyses sur la productivité.

De même, plutôt que l’emploi en général, on utilisera soit l’ensemble des heures de travail, soit le nombre de salariés équivalents temps plein. Nous voilà donc armé d’un indicateur nous permettant d’assurer des comparaisons entre firmes, voire même entre pays.

 « Ma bille verte est plus belle que ta bille bleue »

Quel est le pays le plus productif dans le monde ? L’Allemagne, le Japon, les États-Unis ? La réponse est donnée dans le graphique qui calcule le PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
courant [7] (c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées dans le pays) par heure de travail en dollars (pour avoir un indice commun).

Graphique 1. PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
courant par heure travaillée en 2010 (en dollars)

PNG

Source : OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
.

C’est la Norvège qui obtient le score le plus élevé. En moyenne, au taux de change de 2010, une heure de travail norvégienne crée une valeur de 75,4 dollars. Pour les Pays-Bas, la Belgique et les États-Unis mêmes, cela tourne autour des 59 dollars. Pour la France, qui est devant, et l’Allemagne, c’est environ 53-54 dollars. Le Japon n’en assure même pas 40 dollars. Et le dernier de notre liste (qui est membre de l’OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
 [8]), le Mexique, crée 20 dollars en moyenne par heure. C’est évidemment encore moins pour un pays d’Afrique. Oslo est en liesse.

Mais, en y réfléchissant quelque peu, on peut mettre en doute ce type de classement. Tout apparaît comme superficiel. D’abord, il faut prendre le PIB en termes réels. Dans le graphique 1, cela n’a guère de sens, comme nous l’avons écrit. Mais une analyse de productivité et de comparaison n’a de réelle signification que sur la durée, voire le long terme. Pas sur l’instantané.

Ensuite, le PIB incorpore les trois secteurs fondamentaux : primaire, secondaire et tertiaire. Le primaire concerne tout ce qui sort directement de la terre. Le secondaire, ce qui est transformé à partir de ces matières premières. Le tertiaire est, par définition, tout le reste [9]. Or, la productivité et son importance diffèrent totalement entre ces domaines.

Dans le primaire, il faut tenir compte de la fertilité de la terre ou de la richesse Richesse Mot confus qui peut désigner aussi bien le patrimoine (stock) que le Produit intérieur brut (PIB), la valeur ajoutée ou l’accumulation de marchandises produites (flux).
(en anglais : wealth)
du sous-sol. Ainsi, extraire du pétrole au Moyen-Orient, quasiment à même le sol, coûte environ deux dollars par baril. Aux États-Unis, cela revient à dix fois ou même bien davantage. Cela ne veut pas dire que le travailleur immigré en Arabie Saoudite est dix fois ou plus productif que son collègue américain.

Pour le tertiaire, c’est encore plus compliqué, puisque cela rassemble aussi bien les services les plus divers que l’administration et le non-marchand. Déjà, on s’interroge sur le fait qu’une productivité dans ce dernier sous-secteur ait une pertinence quelconque, le but n’étant nullement le profit. De même, dans l’administration, quel sens donné à la performance d’un fonctionnaire capable de gérer 50 dossiers par jour au lieu de 20 ? Mais, même dans les services marchands, que dirait-on d’un restaurant qui n’aurait qu’un serveur obligé de lancer les plats littéralement à la tête du client par rapport à un autre occupant trois employés prêts à satisfaire les desiderata du consommateur ?

Sans compter qu’il y a nécessairement un biais dans le comptage. Si l’acheteur est disposé à en payer le prix, cela va augmenter nécessairement la valeur ajoutée, sans que cela soit enlevé sous forme d’inflation Inflation Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
. Ainsi, un pays qui liquide ses services accessibles au plus grand nombre, mais demandant un grand nombre de personnes et coûtant davantage qu’ils ne rapportent, au profit de secteurs se mettant à plat ventre pour fournir de riches clients, sera infiniment plus productif qu’un autre qui n’aurait pas suivi une telle stratégie.

L’OCDE félicite dans ses rapports par pays les États-Unis pour son efficacité dans les services. En revanche, il dénonce régulièrement le Japon comme étant profondément inefficient et devant absolument s’améliorer sur ce point. Pour avoir été dans les deux nations, nous pouvons en tirer des conclusions radicalement contraires. Prenons le cas du transport. Question prix, c’est sensiblement aussi cher dans l’un comme dans l’autre.

Mais, aux États-Unis, les employés ne sont pas à votre service. Ils sont « dévoués » à la compagnie, éventuellement publique, qui les paie. Ils sont effectivement rares, remplacés souvent par des machines. Indice de grande productivité ? Et la ponctualité n’est pas toujours au rendez-vous. Sans compter l’insécurité qui règne dans les stations de métro ou même de gare.

Au Japon, il y a toujours quelqu’un au guichet pour vous renseigner et un autre dans les rames ou les trains. La sécurité et la ponctualité sont maximales. Il y a des employés qui sont chargés de s’occuper des handicapés pour entrer et sortir des métros et des gares. Rien vu de tel aux États-Unis. Peut-être est-ce organisé par les œuvres de bienfaisance ? D’autres employés expliquent aux touristes comment utiliser le système de transport. Outre-Atlantique, c’est : débrouille-toi comme tu peux. Heureusement que les citoyens américains, peut-être en connaissance de cause, vous aident bénévolement. La propreté est totale dans l’archipel nippon. Enfin, un mécanisme simple règle l’entrée et la sortie des passagers : les portes des wagons s’arrêtant toujours au même endroit, une ligne jaune est tracée sur les quais à chaque endroit d’ouverture ; les personnes se mettent, en attendant le convoi, dans l’ordre d’arrivée sur l’une de ces bandes, d’une manière encore plus disciplinée qu’à Londres ; les sortants ont la priorité. Ce processus n’existe ni aux États-Unis, ni en Europe (à notre connaissance).

Mais quel système est-il réellement le plus productif ? Celui qui utilise le moins de personnel et n’assure pas convenablement le service ou celui qui emploie plus du monde, mais qui assure au plus grand nombre un voyage le plus agréable possible ?

 Les études secondaires sont les meilleures

Ceci nous amène à considérer que seul le secteur secondaire Secteur secondaire Partie de la production (et de l’économie) qui transforme les produits de la nature en biens consommables ou en produits utilisables dans le processus de production. Concrètement, c’est l’industrie manufacturière, la construction, le secteur de l’énergie.
(en anglais : secondary sector)
, et plus particulièrement l’industrie manufacturière, peut fournir des indices de productivité qui aient un petit peu de sens. Une comparaison est possible, parce que l’élément quantitatif a réellement une importance, et, comme les marchandises sont effectivement en compétition, cela peut donner une indication des performances des pays entre eux.

Nous avons donc établi le graphique 2 dans cette perspective, en se concentrant sur l’évolution en dollars et en longue période de la valeur ajoutée réelle par heure produite dans les principaux pays dans le monde et en Belgique. Pour ce faire, nous avons opté pour une hypothèse de taux de change qui tente de contrecarrer les effets inopportuns de la conversion. Les variations de ce taux en système flexible, c’est-à-dire depuis 1971, aurait conduit, par exemple, à surévaluer le niveau de productivité américain entre 1981 et 1985, puis à le réduire subitement suite aux accords du Plazza Hotel qui ont rabaissé fortement le cours du dollar après 1985. Pour essayer de neutraliser ces modifications qui n’ont rien à voir avec la productivité, nous avons décidé de prendre des moyennes de taux sur dix ans, de sorte que les changements brusques des monnaies sont absorbés. De même, pour l’Italie et la Grande-Bretagne, qui ont modifié leur parité en taux de change fixes, nous avons repris le taux des années 70 que nous avons appliqué pour la décennie précédente.

Enfin, pour la lisibilité du graphique, nous avons tout rapporté à un référent, le niveau américain, posé à 100 pour chaque année [10]. De façon générale, la productivité augmente partout, sauf exception. La question pertinente est de savoir si cela progresse plus ou moins vite que chez les voisins. Ainsi, lorsque la courbe d’un pays est sous la ligne (orange) des 100, cela signifie que sa productivité est inférieure à celle des États-Unis (et si elle se situe au-dessus, c’est l’inverse). Quand elle monte, il y a amélioration de la productivité par rapport aux États-Unis et inversement quand elle baisse.

Graphique 2. Évolution comparée de la productivité du travail dans l’industrie manufacturière dans les principaux pays de la planète 1960-2008 (USA=100 chaque année)

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Source : Bureau of Labor Statistics (BLS).

On remarque une progression de la productivité de tous les États quasiment par rapport aux États-Unis jusque dans les années 80 et parfois jusqu’à dépasser le niveau américain. Puis, petit à petit, pour tous les pays, il y a un blocage. Il intervient assez tôt pour la Grande-Bretagne (GBR). Puis vient l’Italie au début des années 80 [11]. Les quatre autres nations se retournent plutôt à la fin de la décennie.

Le Japon reste à un degré généralement bas par rapport aux autres. Mais il démarre également à un échelon très inférieur. Ensuite, si on connaît les performances de son industrie automobile, électronique ou photographique (quoique celle-ci soit bien davantage aujourd’hui celles des multinationales nippones que celles de l’archipel même), il n’en va pas de même dans d’autres domaines comme la chimie ou l’agro-alimentaire. Et notons la situation de la Belgique, qui, depuis le milieu des années 70, se trouve dans le peloton de tête (si elle ne le conduit pas elle-même [12]).

Mais revenons à la tendance générale du graphique. Il montre un rattrapage, assez logique et bien naturel, des pays ravagés par la Seconde Guerre mondiale par rapport à celui qui avait été peu touché et qui était déjà entré dans l’ère de consommation de masse dans les années 20. En revanche, comment expliquer le retournement des années 80 ? Est-ce un phénomène Reagan ? Est-ce l’impact de l’introduction des nouvelles technologies, plus importante, plus massive outre-Atlantique ?

 La productivité n’explique pas tout

Il y a incontestablement une orientation plus agressive de l’élite américaine dès le début des années 80, dont Reagan est un symbole. La micro-informatique comme la nouvelle biologie ont eu aussi certainement un impact. Mais n’oublions pas les demandes expresses présentées au Japon dans les années 80. Par des accords d’autolimitation volontaire d’importations de la part des constructeurs nippons, le gouvernement de Washington a obligé ceux-ci à investir dans le pays, donc à y apporter les nouvelles méthodes de production, le toyotisme Toyotisme Système de production fondé après la Seconde Guerre mondiale dans les usines automobiles de Toyota, sous l’impulsion de l’ingénieur Taiichi Ohno. Il consiste essentiellement en plusieurs éléments : 1. autonomation, c’est-à-dire la capacité des machines à s’arrêter automatiquement dès qu’elles rencontrent un problème ; 2. qualité du premier coup ; 3. just-in-time ; 4. teamwork ; 5. management participatif ; 6. sous-traitance.
(en anglais : toyotism)
.

Il y a, sans doute, un dernier phénomène majeur. Dans leur stratégie de renouveau, les dirigeants américains se sont concentrés sur les activités les plus lucratives, en général celles qui créent le plus de valeur ajoutée. Dans un premier temps, ils se sont débarrassés des autres, qui ont dû être importées. Puis, ils ont pratiqué de même pour des départements entiers de production, les externalisant, les mettant en sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
, puis s’approvisionnant en sous-traitance à l’étranger. Il en résulte que les télévisions, les radios, les montres, les jouets, les habits et même la plupart des composants électroniques ne sont plus fabriqués aux États-Unis. Ils viennent de l’étranger. Ce qui a pour effet de doper sa productivité : les industries délocalisées apportent relativement peu de valeur ; celles qui restent, en revanche, en comportent beaucoup, notamment parce qu’un certain nombre de firmes comme Microsoft ou Intel sont en situation de monopole et imposent leurs prix.

Le graphique 3 reprend la hausse de la productivité américaine depuis 1960, c’est-à-dire la valeur ajoutée manufacturière réelle par heure travaillée.

Graphique 3. Évolution de la productivité dans l’industrie manufacturière américaine 1960-2008 (en dollars)

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Source : Voir graphique précédent.

Il y a une augmentation quasi constante. Mais celle-ci s’accélère manifestement dans les années 90, puis une seconde fois lors de la décennie suivante. Une telle hausse ne peut s’expliquer par des technologies nouvelles qui s’implantent également ailleurs.

On le voit, les chiffres de la productivité ne disent rien par eux-mêmes. Ils entrent dans une explication globale qui seule peut permettre de comprendre la situation réelle. Ce n’est donc pas la peine de les agiter comme des preuves irréfutables.

 Le partage des gains de productivité

Aujourd’hui, la notion de productivité est liée à celle de partage. Cette juxtaposition a été mise en exergue par l’ancienne école de la régulation [13], en particulier sous l’égide de Michel Aglietta et de Robert Boyer. Elle signifie l’accord tacite entre patronat et syndicats qui est né au sortir de la Seconde Guerre mondiale et qui implique une hausse de la productivité pour les entreprises, sans résistance des travailleurs (en principe), en échange d’une répartition plus équitable des gains à travers des augmentations salariales régulières. Dans plusieurs pays, cela a été formalisé dans un pacte officiel. Ainsi, en Belgique, a été signé en 1954 l’accord sur la productivité.

On peut facilement représenter ceci à partir de la comptabilité d’une entreprise. Une firme vend des biens et/ou des services. C’est son chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
. Pour réaliser celui-ci, elle achète elle-même des marchandises à d’autres compagnies. La différence, comme nous l’avons déjà montré, s’appelle la valeur ajoutée, soit VA. C’est à partir de celle-ci que la société peut payer les salaires. Appelons w le coût salarial Coût salarial Montant de la rémunération réelle et totale versée par le patron ou l’entreprise aux travailleurs actifs. Le terme « coût » est en fait impropre et est considéré uniquement du point de vue de la firme. Il comprend deux éléments : le salaire direct ou salaire poche et le salaire indirect ou différé. Le premier est ce que le travailleur reçoit en propre, sur son compte ou en liquide. Le second comprend les cotisations à la Sécurité sociale (ouvrières et patronales) et le précompte professionnel (voir ce terme). C’est ce que le travailleur reçoit lorsqu’il est en période, momentanée ou non, d’inactivité. En réalité, cet argent sert à payer les inactifs du moment. Mais si le travailleur tombe lui-même dans cette situation, il sera financé par ceux qui restent en activité à cet instant. C’est le principe de solidarité. Le salaire différé fait donc bien partie de la rémunération totale du travailleur.
(en anglais : total labour cost ou, de façon globale, compensation of employees)
par personne et L indique le nombre des effectifs. Ce qui veut dire que l’ensemble des salaires est symbolisé par cette opération : w.L (le coût salarial Coût salarial Montant de la rémunération réelle et totale versée par le patron ou l’entreprise aux travailleurs actifs. Le terme « coût » est en fait impropre et est considéré uniquement du point de vue de la firme. Il comprend deux éléments : le salaire direct ou salaire poche et le salaire indirect ou différé. Le premier est ce que le travailleur reçoit en propre, sur son compte ou en liquide. Le second comprend les cotisations à la Sécurité sociale (ouvrières et patronales) et le précompte professionnel (voir ce terme). C’est ce que le travailleur reçoit lorsqu’il est en période, momentanée ou non, d’inactivité. En réalité, cet argent sert à payer les inactifs du moment. Mais si le travailleur tombe lui-même dans cette situation, il sera financé par ceux qui restent en activité à cet instant. C’est le principe de solidarité. Le salaire différé fait donc bien partie de la rémunération totale du travailleur.
(en anglais : total labour cost ou, de façon globale, compensation of employees)
par personne multiplié par le nombre de travailleurs). Ce qui subsiste est constitué des liquidités qui rentrent dans les caisses de l’entreprise. On appelle cela le cash flow Cash Flow Flux de liquidités issus des activités de la firme. Le cash flow consiste en la somme des bénéfices nets et des amortissements. Le cash flow brut d’exploitation représente l’addition du bénéfice opérationnel (ou excédent brut d’exploitation) et des amortissements.
(en anglais : cash flow)
brut d’exploitation. Cela permet de financer les amortissements, les intérêts Intérêts Revenus d’une obligation ou d’un crédit. Ils peuvent être fixes ou variables, mais toujours déterminés à l’avance.
(en anglais : interest)
à payer aux banques, l’impôt sur les sociétés… Nommons-le CF.

Nous avons donc :


 

 

Si on divise le tout par L, on obtient :


 

 

Or, le premier terme est celui de la productivité Π ou :


 

 

On peut le mettre autrement :


 

 

Comme l’objectif d’une firme est de réaliser le profit le plus élevé possible, soit élever au maximum CF/L, l’équation montre qu’il y a deux grandes possibilités différentes pour ce faire : soit augmenter la productivité (Π), soit abaisser le salaire (w). On comprend l’intérêt que les dirigeants patronaux tirent du concept de productivité.

 Conclusions

En économie, comme dans les autres sciences sociales, il est nécessaire d’avoir des indicateurs quantitatifs. Cela donne du corps aux explications qu’on donne. Cela apporte de la matérialité aux éléments avancés. On ne peut donc s’en passer.

En revanche, il ne faut pas tomber dans le travers inverse. Comme toute donnée chiffrée, le calcul de la productivité n’est qu’un indice parmi d’autres. Il est rarement révélateur seul. Il doit être pris en compte dans un ensemble d’arguments.

Sur base des statistiques récoltées sur l’industrie manufacturière, on pourrait rapidement conclure que les États-Unis ont retrouvé leur première place dans l’économie mondiale. En fait, ils ne l’ont jamais perdue.

Ce que révèlent les graphiques de comparaison internationale n’est nullement la position américaine dans le gratin international, mais la manière dont Washington use de son pouvoir. Dans un premier temps, jusqu’aux années 70, il domine sur le plan de l’efficacité. Mais il est rattrapé par les nations européennes et le Japon. Il décide donc à la fin des années 70 et au début des années 80 une autre politique, basée sur les marchés financiers, la concentration sur les secteurs de pointe et l’externalisation Externalisation Politique d’une firme consistant à sortir de son ou de ses unités de production traditionnelles des ateliers ou départements spécifiques. Cela peut se passer par filialisation ou par vente de ce segment à une autre entreprise.
(en anglais : outsourcing)
du reste. On peut faire produire dans le tiers-monde, parce que ce qui va garantir les livraisons régulières à bas prix, c’est en dernier ressort l’armée américaine qui est, de loin, la plus puissante de la planète. C’est une orientation qui va se renforcer à la disparition de l’URSS. De ce fait, les multinationales américaines peuvent imposer une nouvelle forme d’extraction des profits en leur faveur : en payant bon marché les matières premières et les marchandises courantes fabriquées dans le Sud et en demandant des tarifs élevés pour leurs marques, leurs brevets, leurs technologies.

Mais tout cela ne se trouve pas directement dans la statistique. Alors, quel est le pays le plus productif ou le plus efficace du monde ? Il ne peut y avoir que des réponses partielles et temporaires.





[1Les symboles utilisés sont soit grecs, soit représentatifs d’un mot anglais. Ainsi, l’emploi est représenté par la lettre L pour signifier sa traduction anglaise Labor.

[2En français : Daniel Roos , Daniel Jones , Jim Womack, Le système qui va changer le monde - Une analyse des industries automobiles mondiales dirigée par le Massachusetts Institute of Technology, éditions Dunod, Paris, 1993.

[3Daniel Roos , Daniel Jones , Jim Womack, The Machine that Changed the World, Macmillan, New York, 1990, p.85.

[4Ce qui fait que la journée habituelle de l’ouvrier japonais est de dix heures par jour. Comme ces heures supplémentaires sont payées 25% de plus qu’une heure normale, le manque à gagner en cas de suppression de ce temps excédentaire (ce qui arrive lors de baisse des ventes) est de l’ordre de 20 à 25% de la rémunération normalement reçue.

[5Le découpage traditionnel des modèles s’établit de cette façon : subcompact (les plus petites voitures), les compacts, les voitures moyennes inférieures, les voitures moyennes supérieures, les voitures de luxe, les voitures de sport, les véhicules utilitaires légers, les poids lourds, les autres (bus, cars…). L’analyse du MIT se limite aux quatre premières catégories. Les voitures de luxe ont un classement à part et les autres véhicules ne sont pas traités.

[6Programme international du véhicule motorisé.

[7Puisque c’est une comparaison à une même date, 2010, la différence entre PIB courant ou PIB réel n’a pas de signification : c’est le même. Le PIB courant de 2010 est le PIB réel en dollars de 2010.

[8L’OCDE (Organisation de coopération et de Développement Économiques) regroupe les 30 pays qui se considèrent comme les plus riches de la planète.

[9On dit parfois les services. Mais c’est inexact : c’est tout ce qui n’est pas primaire ou secondaire. Cela concerne évidemment les services, mais aussi l’administration.

[10Si nous avions laissé les données brutes, nous aurions commencé avec des valeurs situées en 1960 entre 1 et 11 dollars, alors qu’en 2008 ils se trouvent entre 35 et 63 dollars. On n’aurait pas pu faire ressortir les évolutions.

[11Notons que si nous n’avions pas modifié les cours et adopté les taux courants, nous aurions eu une baisse pratiquement constante de la productivité relative aussi bien pour la Grande-Bretagne que pour l’Italie.

[12Voilà de nouveau de quoi relativiser l’ampleur du coût salarial dans le pays.

[13Un courant d’économistes français, apparus à la fin des années 70, qui essaie de combiner une analyse marxiste en termes historiques et sociaux, keynésienne en termes monétaires et macroéconomiques et institutionnelle en termes de particularités nationales.