Le prolétariat d’Amazon


Lundi 11 février 2013, Erik Rydberg, 2433 signes.
Cet article a été visité 435 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Le sort fait aux travailleurs d’Amazon, en Grande-Bretagne, annonce comme une renaissance (une restauration) des conditions connues au début de l’industrialisme. Ils évoluent dans un hangar gigantesque, il fait neuf terrains de foot, ils sont surveillés par le chariot qu’ils poussent entre les rangées d’étagères, un petit écran portable leur indique sans cesse les tâches à accomplir, le chemin le plus court pour y arriver, tout en mesurant leur "productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
" : pas question de traîner, encore moins d’échanger quelques mots avec un collègue (ou de tomber malade : c’est quasi le renvoi direct). C’est ce qui ressort d’un long reportage Sarah O’Connor publié dans le Financial Times de ce samedi 9 février 2013. Ces travailleurs – les "associés" dans le jargon Amazon – font, huit heures par jour avec une "pause" de trente minutes, entre 11 et 24 kilomètres quotidiennement. Fait ici partie du folklore la pratique d’enduire les pieds de vaseline avant d’enfiler chaussettes et bottes pour tenir le coup en évitant blessures et ampoules. Le salaire horaire est au plancher : 7,3 euros avec en prime... insécurité d’emploi. Car le système Amazon repose sur l’utilisation, en majorité, d’intérimaires fournis "à l’essai" par Randstad, corvéables à merci, on s’en doute. La pratique, dixit Amazon sur son site, permet "d’optimiser la main-d’œuvre" en supprimant la "charge administrative du recrutement et de la gestion" du personnel. C’est tendance. Depuis 2008, les emplois temporaires ont crû de 20% en Grande-Bretagne et cette catégorie de travailleurs, placés dans l’incapacité de trouver un emploi permanent, est passée de 26% à 40% de l’emploi total, près d’un sur deux. Chez Amazon ? L’opacité sur ces données paraît la règle. Devant le parlement britannique, fin 2012, pour vanter son apport à l’économie du pays, Amazon a avancé, pour ses sept hangars outre-Manche, le chiffre de 15.000 salariés ; ses comptes annuels n’en indiquent que, pour 2011, quelque 3.000. Cela laisse un joli trou noir pour la créativité entrepreneuriale. Pour l’exprimer avec les mots d’un manager d’Amazon : "Vous devenez en quelque sorte un robot, mais sous forme humaine. C’est de l’automation humaine, si vous voulez." No comment.

Source : Financial Times, 9 février 2012. Article complet (anglais) : http://www.ft.com/intl/cms/s/2/ed6a985c-70bd-11e2-85d0-00144feab49a.html#slide0