Aide au développement : chiffres biaisés


Newsflash n° 115

Jeudi 11 avril 2013, Erik Rydberg, 3053 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le recul en 2012 de l’aide que les pays riches destinent aux pays en développement n’a pas manqué de scandaliser. C’est moins 4% (moins 13% pour la Belgique) et c’est la deuxième année de suite que les pays riches sabrent dans ces "dons" figurant au budget de leurs politiques dites de coopération internationale. La fédération des ONG, CNCD-11.11.11, s’en est inquiétée en rappelant que la Belgique s’est fixé par loi un objectif d’aide de 0,7% de son Produit intérieur brut Produit intérieur brut Ou PIB : Richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
et que, là, elle s’en éloigne [1]. En passant : le recul des aides fournies par les "pays donateurs", comme il est usage de les appeler, pose un problème de terminologie. Comme David Sogge l’a relevé dans son portrait sans concession du "business de l’aide", les puissances occidentales ont "toujours insisté pour dire que l’aide ne doit et ne peut être vue comme une forme de compensation ou de réparation pour les préjudices infligés par le colonialisme" [2]. Dit autrement, les pays "donateurs" ne font d’une certaine manière que dédommager...

Mais ce qui doit inquiéter dans ces chiffres fournis par l’OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
(Organisation de coopération et de développement économiques, un think tank Think tank Littéralement « boîte à idée » ; organisme regroupant généralement des chefs d’entreprise, des responsables politiques, des professeurs d’université ou chercheurs, des journalistes pour discuter de problématiques importantes pour un pays, une région, la planète et pour ainsi influer sur les grandes orientations politiques.
(en anglais : think tank)
regroupant les pays riches) est qu’ils masquent un recul bien plus important, bref que ces chiffres sont trafiqués. Trafiqués par l’OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
mais comment ? En qualifiant d’aides les "dons" inclus à hauteur de 25% dans des prêts ô combien rémunérateurs puisque ceux-ci sont pour leur part calculés à un taux d’intérêt Taux d’intérêt Rapport de la rémunération d’un capital emprunté. Il consiste dans le ratio entre les intérêts et les fonds prêtés.
(en anglais : interest rate)
de 10% venant annuler... tout effet de don (10% : fantastique lorsqu’on sait que les banques centrales occidentales appliquent un taux voisin de zéro). Cette petite mascarade a permis "en 2011, à l’Allemagne, la France et la Banque d’investissement Banque d’investissement Organisme de gestion de dépôts et de fortune qui, contrairement aux banques commerciales, peut placer ces fonds sur les marchés financiers (Bourse...) et investir dans des sociétés privées autres que bancaires. En revanche, les banques d’investissements n’ont pas le droit de récolter massivement les dépôts et d’avoir des agences à toutes les rues des cités.
(en anglais : investment bank)
européenne d’enregistrer pour plus de 2,5 milliards de dollars de prêts à des taux supérieurs à leur coût de financement" et à la France de déclarer publiquement que "ses prêts à l’Inde ne coûtent rien au contribuable", bref ne constituent en rien des aides tout en étant catalogués comme tels. L’amusant, ici, est que cette mise au point vitriolée provient, dans une lettre adressée au Financial Times du 10 avril 2013 [3], de Richard Manning, qui n’est autre que le président du Comité de l’aide au développement (CAD), qui n’est à son tour rien d’autre qu’un satellite de l’OCDE – et que Manning conclut sa missive en déclarant que "si l’OCDE s’avère incapable de quelque professionnalisme en la matière, il serait opportun que les Nations unies prennent en charge le rapportage sur les flux Flux Notion économique qui consiste à comptabiliser tout ce qui entre et ce qui sort durant une période donnée (un an par exemple) pour une catégorie économique. Pour une personne, c’est par exemple ses revenus moins ses dépenses et éventuellement ce qu’il a vendu comme avoir et ce qu’il a acquis. Le flux s’oppose au stock.
(en anglais : flow)
internationaux de l’aide." Mieux vaut tard que jamais...





[1Communiqué du CNCD-11.11.11 : http://www.cncd.be/Baisse-de-l-aide-mondiale-et-de-l

[2Sogge, David, "Give & Take – What’s the Matter with Foreign Aid ?, 2002, en français "Les mirages de l’aide internationale", coll. Enjeux Planète, 2003, p. 72, citant K. Raffer et H.W. Singer, The Foreign Aid Business, Cheltenham, 1996