On aurait tort de penser que le totalitarisme serait chose exotique. Voir le cas des grandes grèves des charbonnages en France. On est en 1948. Il faut reconstruire le pays. Cela a un prix. Au gouvernement, gaullistes et communistes exhortent les mineurs de mettre les bouchées doubles pour extraire le charbon dont l’économie a un besoin impérieux. Exhortations d’un genre particulier : on restreint le statut des mineurs, on réduit leur salaire et leur prime. D’où, octobre et novembre, mouvement de grève. La riposte sera instantanée – et digne du régime birman, aujourd’hui. L’état de siège est instauré. On envoie les CRS, des militaires et des blindés. Il y aura des morts et des blessés, des centaines d’arrestations et 3.000 licenciements secs. Un des grévistes, Georges Carbonnier, militant communiste, s’entendra dire, revenant à la mine après trois mois de prison : "Moi vivant, tu n’auras plus de boulot chez nous." Mieux : il sera, avec sa famille, expulsé de son logement, avec des centaines d’autres, licenciés, sans préavis ni indemnités. L’affaire s’arrête là ? Non. Georges est entre-temps décédé mais sa famille, assistée par l’avocat ouvriériste Tiennot Grumbach, a entamé en 2005 une action en justice réparatrice pour licenciement abusif, réclamant 60.000 euros par famille. Plainte en bonne et due forme – "Carbonnier et autres contre Charbonnages de France" – a été déposée le 11 octobre 2007 aux prud’hommes. La première audience a été fixée au 15 janvier 2008. L’État français devra, en quelque sorte, comparaître devant le tribunal de l’histoire.

Sources : Canard enchaîné du 17 octobre 2007