Espionnage salarial et syndical chez Ikea


Lundi 24 juin 2013, Romain Gelin, 2606 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Trois responsables – le directeur, le responsable administratif et financier et la directrice des ressources humaines – du magasin Ikea de Reims ont été mis en garde à vue ce lundi 17 octobre 2013 dans l’affaire d’espionnage dont est soupçonnée la firme d’ameublement. L’affaire a débuté en février 2012 avec les révélations du Canard enchaîné. La firme suédoise aurait été liée par un contrat avec plusieurs sociétés de sécurité dont Sûreté Internationale et Eirpace (dirigée par un ancien membre des renseignements généraux), ce qui aurait permis à l’entreprise d’obtenir des renseignements provenant du fichier STIC de la police nationale (système de traitement des infractions constatées) ainsi que de celui des cartes grises. Or, les informations recueillies par Ikea concerneraient des salariés dont des syndicalistes, ainsi que des clients en litige avec l’entreprise. Le Canard, cité par Rue89, aurait eu accès à une centaine de mails échangés entre le responsable "risque" d’Ikea et le responsable de l’entreprise de sécurité dont voici la teneur : "Personne en embauche sur le magasin de Paris Nord. Merci de me donner son casier". Ou encore "Son discours est antimondialiste, ses méthodes "vieille garde CGT" (se bouche les oreilles et répètent sans cesse la même chose concernant ses acquis). Syndicalisme ? Correspond pas trop au profil de sa dame. Prosélytisme divers ? ATTAC ou autres ? Risque de menace écoterroriste ?".

Comme suite à ces révélations, le syndicat FO ainsi que la CGT ont porté plainte en mars 2012 contre Ikea et le parquet de Versailles a ouvert une information judiciaire. Selon M. Paris, l’ancien responsable de la sécurité d’Ikea, qui a été mis en examen en janvier 2013 dans cette affaire, la direction connaissait ces agissements et les aurait même encouragés. Ces récentes mises en garde à vue interviennent après plusieurs perquisitions dans des magasins d’Ile de France, de Brest et du Vaucluse ainsi qu’au siège du groupe. L’affaire concerne des faits qui se seraient déroulés entre 2003 et 2009. Il se pourrait que de telles pratiques aient également eu lieu après 2009 selon l’Expansion, qui explique comment de "faux" employés auraient espionné pendant plusieurs mois les salariés d’un magasin de la région parisienne, des pratiques laissant entrevoir un système de surveillance généralisée, ce que nie le groupe.

Sources : Le Monde du 29/02/2012, 29/10/2012, 22/01/2013 et 17/06/2013. Rue89 du 29/02/2013 et l’Expansion du 20/03/2012.