L’autre économie : le textile féerique


Vendredi 24 janvier 2014, Erik Rydberg, 2550 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Un sondage réalisé par l’institut Ifop révèle que quelque 73% des Français sondés se déclarent prêts à payer plus cher un produit s’il est fabriqué en France. Encore faut-il pouvoir le faire. En relayant l’information, le journal Les Échos (6 janvier 2014) rappelle que, entre 1990 et 2012, la fabrication textile s’est effondrée en Europe, entraînant la destruction de 165.000 emplois. Et qu’une des rares entreprises textiles faisant exception en France, Agnès B, parmi les plus importants donneurs d’ordre français, ne produit néanmoins qu’à hauteur de 40% du "made in France". D’autres contes de fées de ce genre existent. Par exemple, raconte le Financial Times (13 novembre 2013), la société SIL d’Andrew Seal, en Grande Bretagne, qui a relancé dans les années septante quelques filatures à Bradford, ex-capitale mondiale du coton : le secteur y faisait vivre quelque 70.000 travailleurs à l’ère victorienne. On lui avait rigolé au nez : le textile, home-made, ici en Grande-Bretagne, non mais, tu es fou ! Aujourd’hui, de 40, il est passé à 235 employés et ses ventes s’élèvent à quelque 34 millions d’euros... De l’autre côté de l’océan, aux États-Unis, où 98% des tee-shirts vendus sont fabriqués à l’étranger, des petites boîtes font, de même, de la résistance, raconte le Financial Times (18 novembre 2013), telle la société American Apparel de Los Angeles qui joue la proximité, y compris économique (un tee-shirt chinois met 10 à 12 semaines pour arriver dans les magasins californiens) tout en ferraillant pour rester rentable devant la concurrence des pays à bas salaires : ses travailleurs sont payés entre 10 et 18 dollars l’heure (7,3 à 13,2€), ce qui reste fort élevé par rapport à leurs collègues du Vietnam, par exemple. Mais il y a plus féerique : ce couple allemand qui s’est installé en 1989 dans un petit village (535 âmes) au nord de Dublin. Il avait commencé, raconte le Süddeutsche Zeitung (31 décembre 2013), avec une chambre d’hôte qui, très vite, ne leur a pas permis de vivre. Il s’est alors reconverti dans le tissage à l’ancienne, production lainière de A à Z, et cela marche. Ils n’ont pas de télé mais vont souvent au café, entre autres pour en reconvertir un en musée de la laine : à la belle époque, quelque 600 personnes en vivaient, employés chez William Clark & Sons, ils ne sont plus que (ou déjà !) 30 à faire revivre le savoir-faire ancestral du blanchiment et de la teinture de la laine. En marge, il y a toujours des trucs inouïs.