Science et Aspartame, un business sucré


Mardi 29 mars 2011, Erik Rydberg, 1866 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Sans danger pour la santé le faux sucre ? L’aspartame est présent dans quelque 6.000 produits, du Coca light au yaourt allégé, et pèse plus d’un milliard d’euros de chiffres-d’affaires chaque année au bénéfice surtout des deux principaux fabricants, l’américain Nutrasweet et le japonais Ajinomoto. Voilà qui explique. On doute, certes, depuis dix-huit ans. En 1992, on évoquait le risque d’épilepsie pour les enfants. En 1995, on soupçonnait un lien avec le cancer du cerveau. Cela n’a pas fait de très gros grands titres. Ni ému les autorités sanitaires. Toutes récentes, les deux dernières études scientifiques, l’une italienne, rapportant une hausse des cancers chez les rats, l’autre danoise, indiquant un risque accrû de fausse couche chez la femme enceinte, illustrent assez bien le problème. Car ces études feront les grands titres, mais pas ceux qu’on attendrait. Tel journal va titrer sur quatre colonnes : "L’aspartame jugé sans danger par les experts de Bruxelles". Quels experts ? Ceux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) qui, au quart de tour, comme mus par un ressort, se sont senti appelés à déclarer "non probantes" les conclusions de leurs confrères danois et italiens. Bonnes gens, consommez en paix. Nutrasweet et Ajinomoto peuvent respirer. Bien sûr, il y a toujours des casse-pieds, le docteur Laurent Chevallier par exemple qui, à la télé française, remettra une louche. Le lobby Lobby Groupement créé dans le but de pouvoir influencer des décisions prises habituellement par les pouvoirs publics au profit d’intérêts particuliers et généralement privés. La plupart des lobbies sont mis en place à l’initiative des grandes firmes et des secteurs industriels.
(en anglais : lobby)
des additifs s’empressera d’envoyer une lettre au Conseil de l’ordre des médecins pour lui demander "d’indiquer les mesures envisagées pour empêcher à l’avenir le docteur Chevallier de tenir de tels propos". La science est un business trop sérieux pour être laissée aux scientifiques.

Source : Le Canard enchaîné des 19 janvier et 23 mars 2001, Les Echos du 1er mars 2011.