Gresea Echos n°65, 1-2011

Banques "made in Belgium"


Mardi 29 mars 2011, Xavier Dupret, 4797 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Un petit détour par les faits:Puisse ce texte déplaire aux tenants d’une pensée économique qui fut, en son temps unique. C’était il y a trois ans, une éternité quand le cours de l’histoire s’accélère. Leurs clés de lecture, aujourd’hui dépassées, sont à la base des déboires qu’ont connus les grandes banques européennes et américaines. Ainsi en va-t-il de l’autorégulation des marchés, "théorie" battue en brèche par le simple fait de devoir faire appel à la puissance publique quand les choses se gâtent. Certes, de temps à autre, des commentateurs sortent, dans les médias mainstream, les trompettes thébaines pour nous assurer que le plus gros de la crise est derrière nous.

Ouf ? Malheureusement, ces poussées d’enthousiasme (de commande ?) sont assez rapidement démenties par les faits. A ce sujet, des économistes, pourtant peu réputés pour leur radicalité dans la critique du libéralisme Libéralisme Philosophie économique et politique, apparue au XVIIIe siècle et privilégiant les principes de liberté et de responsabilité individuelle ; il en découle une défense du marché de la libre concurrence. contemporain, s’illustrent par leur pessimisme lucide.
Ainsi, en mai 2010, Elie Cohen, dans le magazine suisse "Banques et Finances", qualifiait l’autorégulation des marchés d’utopie et estimait qu’une prochaine crise financière était presque inéluctable et qu’à ce titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
, "il faudra réduire l’activité financière, interdire certaines innovations et séparer les activités selon les spécialisations". [1] A en juger ces déclarations qui témoignent d’une évidente évolution personnelle chez Elie Cohen, que l’on avait connu plus accommodant en d’autres circonstances, on peut raisonnablement gager que la "relégitimation" de courants hétérodoxes, par rapport au néolibéralisme Néolibéralisme Doctrine économique consistant à remettre au goût du jour les théories libérales « pures ». Elle consiste surtout à réduire le rôle de l’État dans l’économie, à diminuer la fiscalité surtout pour les plus riches, à ouvrir les secteurs à la « libre concurrence », à laisser le marché s’autoréguler, donc à déréglementer, à baisser les dépenses sociales. Elle a été impulsée par Friedrich von Hayek et Milton Friedman. Mais elle a pris de l’ampleur au moment des gouvernements de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux États-Unis.
(en anglais : neoliberalism)
en fin de règne, poursuivra son chemin.

Mais, ne nous faisons pas d’illusions, cette réorientation aura, à n’en pas douter, des allures sinueuses. A cet égard, force est de constater la facilité avec laquelle le discours "écran de fumée" du néolibéralisme Néolibéralisme Doctrine économique consistant à remettre au goût du jour les théories libérales « pures ». Elle consiste surtout à réduire le rôle de l’État dans l’économie, à diminuer la fiscalité surtout pour les plus riches, à ouvrir les secteurs à la « libre concurrence », à laisser le marché s’autoréguler, donc à déréglementer, à baisser les dépenses sociales. Elle a été impulsée par Friedrich von Hayek et Milton Friedman. Mais elle a pris de l’ampleur au moment des gouvernements de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux États-Unis.
(en anglais : neoliberalism)
imprègne encore l’air du temps. Ainsi, en Belgique, un message a percolé et aura, en définitive, réussi à marquer l’opinion publique.

Celui qui, en l’espèce, consiste à affirmer que la recapitalisation des banques constitue un "investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
" dans le chef de l’Etat. Un simple détour par les chiffres est de nature à convaincre de l’inanité de cet argument. Certes, les garanties bancaires font l’objet, à l’heure actuelle, de remboursements de la part des établissements qui en ont bénéficié et des dividendes sont versés à l’Etat belge devenu, par les forces des choses, un banquier (privé). Cela dit, si l’on ne devait compter que sur ces seules rentrées, il faudrait attendre près d’une décennie pour apurer l’ardoise laissée par les recapitalisations bancaires (21,6 milliards d’euros).

N’en déplaise, par ailleurs, aux amateurs d’idées générales et de synthèses abruptes, ce texte n’a d’autre ambition que d’observer les faits afin de contrer, à son échelle, une des nombreuses manifestations de la pensée économique régnante. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, ce n’est peut-être pas si mal. Au lecteur de juger sur pièce.

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[1] Banques et Finances, interview de Elie Cohen, mai-juin 2010, pp.12-14.

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