T-shirt féministe modérément "éthique"


Lundi 3 novembre 2014, Erik Rydberg, 2799 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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À Londres, cela a fait du foin. Le chef de file des travaillistes Ed Miliband a cru bon arborer un tee-shirt militant (pour la cause des femmes). Harriet Harman, son chef de groupe au Parlement, aussi. Nick Clegg, tête d’affiche des libéraux et vice-Premier, n’a pas été en reste, s’est aussi prêté au jeu. Problemo : ces placards publicitaires genre justaucorps branchés ont été fabriqués, à l’île Maurice, dans les pires conditions. C’est ce qu’a révélé The Mail on Sunday. Vendus 45 livres (57,6€) en Grande-Bretagne, les tee-shirts ont été cousus... par des jeunes femmes pas libérées pour un sou : casernées à 16 par dortoir, ferrées par des contrats de 4 à 5 ans rendant toute vie familiale impossible, abattant des journées atteignant souvent 12 heures, payées 62 pence de l’heure, soit 0,0042 livre (un demi-centime), elles ont pour instruction d’en produire 50 par jour. Un petit calcul, en supposant pour la forme une durée de travail quotidienne de dix heures, indique que, pour chaque tee-shirt vendu 45 livres en Grande-Bretagne, elles "gagnent" 0,26 pence, soit 0,12% du prix de vente. Pour une opération promue comme progressiste, c’est plutôt foireux. Passons au "who’s who". Donneur d’ordre de la production, qui commercialise en Grande-Bretagne : la chaîne haut de gamme Whistles, œuvrant sur commande pour la Fawcett Society, un machin caritatif à vocation féministe, auquel Whistles reverse les profits desdites ventes. Sous-traitant sur place, à l’île Maurice, la Compagnie mauricienne de textile (CMT), chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
de 125 millions de livres, six usines sur place produisant 40 millions de tee-shirt l’an avec quelque 13.000 travailleurs, dont 4.500 casernées, des travailleuses migrantes pour la plupart. On allait oublier la cerise sur le gâteau : CMT jouit d’une certification dite Oekotex (Sedex selon The Guardian), "indépendante" cela va de soi, garantissant que les produits sortant des usines CMT sont "pleinement conformes avec les normes environnementales et de qualité les plus élevées, ce en droite ligne avec les meilleures directives mondiales en matière de développement durable et de respect des droits sociaux, éthiques et environnementaux". Interdit de rire. On termine sur une note humoristique. Pour s’en justifier, un porte-parole d’Ed Miliband a précisé que le port du tee-shirt cadrait "dans une campagne du magazine Elle et de la Fawcett Society dans le but de promouvoir la cause des femmes et nous étions heureux d’y apporter notre soutien." C’est ce qu’on appelle s’enfoncer tête baissée.

Source : The Mail on Sunday, 2 novembre 2014. Info relayée (anglais) par The Guardian : http://www.theguardian.com/world/2014/nov/02/feminist-t-shirt-campaign-garment-worker-pay-claims?CMP=share_btn_tw