Carrefour : la logique est financière


Lundi 18 avril 2011, Erik Rydberg, 1822 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le patron de Carrefour n’a pas la vie facile. Nous sommes dans la "bonne voie" a-t-il dit pour conclure la présentation de résultats (1er trimestre 2011) qui affichent une dégradation du chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
de -4,7% en Europe. C’est qu’il lui faut développer le business tout en rencontrant les visées antinomiques, car spéculatives, de ses deux actionnaires de référence, le groupe Arnault et le fonds d’investissement Fonds d'investissement Société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
Colony Capital (USA), qui ont vu leur mise fondre au soleil : le titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
Carrefour valait 58,1 euros en février 2007, il ne pèse plus que 33,6 euros en mars 2011. Pour compenser, le conseil d’administration de Carrefour a choisi, le 1er mars 2011, de vendre la chaîne "hard-discount" Dia et 25% du parc immobilier européen (les murs de ses supermarchés), ce qui devrait permettre, si l’assemblée générale de juin 2011 approuve, de transférer via un dividende Dividende Revenu de la part de capital appelé action. Il est versé généralement en fonction du bénéfice réalisé par l’entreprise.
(en anglais : dividend)
exceptionnel 6 milliards d’euros aux actionnaires – et, pour Carrefour, d’en perdre autant. Les agences de notation Notation Classification des actifs (titres, monnaie, prêts...) ou des émetteurs de ceux-ci en fonction du risque de défaut de paiement des revenus et du remboursement de ces actifs ou de la part de celui qui les émet. Cette classification est attribuée par une société privée, appelée agence de notation. Les trois plus importantes sont Fitch Ratings, [Moody’s et Standard & Poor’s. Elles contrôlent l’essentiel des évaluations de risque. Mais le fait qu’elles soient privées et qu’elles aient d’autres départements assurant d’autres fonctions vis-à-vis de leurs clients qu’elles notent pose un très sérieux problème d’indépendance, d’impartialité et finalement de légitimité. Les notations dépendent des sociétés qui les allouent. En général, elles ressemblent néanmoins fortement de la classification suivante, allant de l’actif ou de l’entreprise la moins risquée vers celui ou celle qui l’est le plus : AAA, AA, A, BBB, BB, B, CCC, CC, C.
(en anglais : credit rating).
Fitch et Standard & Poor ne s’y sont pas trompées en dégradant aussitôt la cote du groupe. Là, pour comprendre leur scepticisme, il suffit de relire les chiffres semestriels dont question ci-dessus. Qu’est-ce qu’ils indiquent, entre autres choses ? Que ce qui sauve le résultat global de Carrefour est notamment la très bonne tenue de la future ex-chaîne Dia, dont les ventes, à 2,5 milliards au 1er trimestre 2011, affichent une croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
de 3,7%. Faire plus avec moins signifiera sans doute, pour les travailleurs, de ramer. Aux 580 millions d’euros de réduction des coûts de fonctionnement en 2010, Carrefour en rajoutera 480 millions en 2011.

Sources : Les Echos du 15 avril et des 2, 3 et 3 mars 2011 et le Financial Times du 4 mars 2011.