Mithra S.A. bâillonne la presse


Vendredi 20 novembre 2015, Erik Rydberg, 2301 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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S’attaquer aux puissants est toujours dangereux, surtout les puissances économiques, une tautologie, à vrai dire. De ce côté, batterie de juristes. Médor, le dernier-né de la presse indépendante belge l’a appris à ses dépens, et pas qu’un peu : c’est son premier numéro, censé faire connaître sa venue au monde, qui a été, manu militari, par décision de justice, empêché de parution ce jeudi 19 novembre 2015. Et ce, sur requête unilatérale devant le juge des référés à Namur introduite par la société pharmaceutique wallonne Mithra. Mithra ? Une boîte "spécialisée dans la santé féminine (…) souvent dépeinte comme un exemple de success-story wallonne", note le journal Vers l’Avenir. Chiffre d’affaire de 18 millions d’euros, avec une forte participation publique (capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
à hauteur de quelque 21% par la Société de développement et de participation du bassin liégeois). Chez Mithra, on n’apprécie guère la contradiction. L’article à son sujet, dans Médor, lui a déplu. Il avait d’abord "mis en demeure" (sic) Médor de retirer de son site la version courte de l’article. Pour Mithra, mise en demeure vaut injonction, acte d’autorité. N’ayant pas eu l’oreille des journalistes impertinents, Mithra est allé en justice pour bloquer la sortie du magazine : l’oreille du juge est parfois plus facile à séduire. On peut voir l’affaire du bon côté : une belle et inespérée publicité pour Médor. Mais elle a aussi un mauvais côté : l’arrogance des puissances économiques qui n’ont rien compris au droit de la liberté d’expression : primo, existe le droit de réponse, qui obligerait le cas échéant Médor à publier la réplique de Mithra, a posteriori, tout comme, secundo, rien n’empêche de réclamer réparation devant les tribunaux, après coup à nouveau. A posteriori et après coup : dans les pays civilisés, c’est ainsi que cela fonctionne, sans censure mais par débat contradictoire.

Sources :
Vers l’Aven ir http://www.lavenir.net/cnt/dmf20151120_00738259/mithra-se-defend-d-avoir-censure-medor-avec-de-droles-d-arguments
La fiche Mithra du Crisp : http://www.actionnariatwallon.be/organisme/mithra-pharmaceuticals-22623
Médor : https://medor.coop/fr/en-attendant-medor/2015/11/19/la-justice-censure-la-sortie-de-medor/