Une économie suicidaire ?


Vendredi 20 mai 2011, Erik Rydberg, 2463 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Rémy avait 57 ans. Il travaillait à France Télécom depuis 33 ans. De fonctionnaire du secteur public, il est devenu « fonctionnaire » du secteur privé. Il a, à sa manière, commenté les bienfaits de cette privatisation. Il s’est immolé par le feu le 26 avril 2011 sur le parking de l’agence France Télécom où sa vie était devenue un enfer. Ce n’est pas une « opinion » personnelle. Il est le 60e suicidé de l’ancienne régie publique depuis 2008. C’est tendance. A la SNCF, mise sous pression européenne pour passer sous management sinon statut privé, il y a eu, en mai 2011, deux suicides en l’espace de quinze jours. Des travailleurs qui n’en pouvaient plus : cadences, réorganisation du travail, mutations arbitraires. Signe des temps, la jurisprudence française classe désormais ces « couacs » de la compétitivité à la rubrique des « accidents de travail ». Mieux, la cour d’appel de Versailles a jugé que la mort par suicide le 17 février 2009 d’un travailleur de Renault – autre ex-entreprise publique qui a défrayé la chronique pour ses suicidés en série – relevait d’une « faute inexcusable » de l’employeur. C’est le premier arrêt du genre. Renault a été condamné au motif que l’entreprise « aurait dû avoir conscience du danger » auquel le travailleur, un ingénieur de 39 ans, « était exposé dans le cadre de son activité professionnelle ». Le verdict ouvre droit, pour la veuve, à une majoration de la rente allouée à la famille du travailleur. Maigre consolation.

Sources : L’Humanité des 6 et 18 mai 2011 et Les Echos du 20 mai 2011.

Actualisation : à la suite d’une enquête judiciaire ouverte en avril 2010 auprès du tribunal de grande instance de Paris, le juge Pascal Gand a, début juillet 2012, mis en examen l’ex-PDG de France-Télécom, Didier Lombard, inculpé de "harcèlement moral" : durant son "règne" (2005-2011), l’ancien service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
public connaîtra 61 travailleurs "suicidés" (2008-2010), 22.000 suppressions de postes et quelque 10.000 "changements de métier". Selon le syndicat Sud-PTT, partie à la plainte, "C’est la première fois qu’un patron du CAC 40 est mis en examen pour avoir imposé une organisation du travail pathogène, c’est un tournant décisif."
Source : L’Humanité du 6 juillet 2012 - http://www.humanite.fr/social-eco/france-telecom-didier-lombard-mis-en-examen-pour-harcelement-moral-500217