Bristish Petroleum et la responsabilité du donneur d’ordre


Jeudi 15 juillet 2010, Erik Rydberg, 2048 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le désastre environnemental suscité par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de British Petroleum dans le Golfe du Mexique (20 avril 2010, toujours non colmaté en date du 15 juillet 2010) présente un joli cas d’école de responsabilité civile et pénale des entreprises – vis-à-vis de leurs sous-traitants. On le sait, BP s’est plu, dans un premier temps, à en rejeter la faute tantôt sur la société Transocean, opératrice de la plateforme, tantôt sur la société Halliburton, chargée d’en assurer la maintenance. On a ainsi entendu le PDG de BP Tony Hayward affirmer : "Ceci n’était pas notre plateforme de forage, ce n’était pas notre équipement, ni nos gens, ni nos systèmes ou nos procédures. Ceci était la plateforme de Transocean, leur système, leurs gens, leur équipement." Pour ajouter, ensuite, par une formule pour le moins contradictoire : "Nous prenons notre responsabilité dans ce dossier très, très au sérieux." Commentant ces propos embarrassés dans sa chronique sur le management dans le Financial Times, Stefan Stern note avec ironie : "C’est le problème lorsqu’on externalise. On peut avoir l’illusion, en signant un accord pour obtenir l’aide d’experts extérieurs, que disparaît la nécessité d’assurer une supervision complète du service ou de la fonction apportés par autrui." Cité par Stern, le verdict de Mark Kobayashi-Hillary, auteur de plusieurs ouvrages sur l’externalisation Externalisation Politique d’une firme consistant à sortir de son ou de ses unités de production traditionnelles des ateliers ou départements spécifiques. Cela peut se passer par filialisation ou par vente de ce segment à une autre entreprise.
(en anglais : outsourcing)
, est plus dur encore : "On ne peut externaliser un problème et ensuite compter sur le sous-traitant pour résoudre le gâchis à votre place. Vous pouvez charger un sous-traitant d’un travail mais c’est vous qui en gardez la responsabilité et qui devrez rendre des comptes aux clients." On a là comme l’ébauche d’une jurisprudence qui ne demande qu’à être étendue : obligation de responsabilité et de rendre des comptes non seulement aux clients, mais à la société entière et à sa justice…


Source:Financial Times du 8 juin 2010.