Fiat invente le vote sans alternatives


Jeudi 24 juin 2010, Erik Rydberg, 1522 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Fiat a inventé un bien curieux vote. Si on vote oui, on perd, et si on vote non, on perd aussi. C’est en gros le choix imposé le 22 juin 2010 aux 5.300 travailleurs de l’usine Fiat de Pomigliano D’Arco, en Italie. Un pur chantage pour faire plier la gauche syndicale, comme a déclaré Massimo Brancato, leader à Naples du syndicat des métallos Fiom. Car quel est l’enjeu du vote ? Ou bien les travailleurs acceptent les nouvelles conditions de travail flexibilisées "proposées" par la direction (moins de pauses, de plus longues heures supplémentaires obligatoires, des sanctions pour absentéisme et une limitation du droit de grève), auquel cas 700 millions d’euros seront investis dans l’usine pour rapatrier la production de la Panda de l’usine Fiat de Tychy en Pologne. Ou bien l’usine sera fermée. Un choix entre un travail dégradé ou pas de travail du tout. Avec cette particularité que l’arme de chantage ne repose pas sur des bas salaires de Chine ou ailleurs mais sur une mise en concurrence intra-européenne, entre travailleurs italiens et travailleurs polonais (qui, bien sûr, ne prennent pas part au vote). Imposée d’en haut, c’est une guerre opposant des pauvres à des pauvres, dira un syndicaliste. Un travailleur qui a voté oui la mort dans l’âme expliquera sa décision : "L’alternative était la fermeture de l’usine et la perte de nos emplois. C’est ainsi que fonctionne l’économie mondiale dans laquelle nous vivons."

Source : Financial Times, 23 juin 2010.