Les sombres accointances de Coca-Cola


Mardi 18 mai 2010, Lise Blanmailland, 2333 signes.
Cet article a été visité 277 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

La Coca-Cola Company semble avoir été guidée tout au long de son histoire par le principe du profit avant tout et à tout prix. Certaines pages de son histoire, parfois troubles, restent cependant mal connues. L’imaginaire collectif associe plutôt Coca-Cola à la figure du GI américain qu’au Toisième Reich. Pourtant, les chiffres sont là. En plein régime nazi, l’Allemagne boit du Coca. Plus d’un million de caisses de la célèbre boisson gazeuse seront vendues en 1936 et 4,5 millions trois ans plus tard. Coca-Cola passe alors dans le pays pour un produit allemand et est progressivement associé à des symboles national-socialistes. En mars 1938, pendant que le Reich envahit l’Autriche, Coca-Cola Gmbh Allemagne tient sa première grande convention. La tribune est décorée de grands drapeaux nazis et d’un énorme portrait d’Hitler en arrière-plan, qu’inspireront plusieurs Sieg-Heil durant la cérémonie. Des prospectus publicitaires, au dos desquels trône le portrait du Führer, montrent des hommes et des femmes buvant du Coca. Quand la guerre éclate, l’Allemagne devient le plus grand marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
européen pour la compagnie. En 1941, les choses se compliquent. Les ingrédients indispensables à la fabrication du Coca ne peuvent plus être exportés par les Américains. Le responsable de la filiale, Max Keith, détourne alors le problème en faisant fabriquer avec les moyens du bord une boisson alternative tenant lieu de Coca. Le Fanta est né. Des millions de caisses de cet ersatz seront à leurs tours distribuées durant les années qui suivront.

La compagnie ne se limitera pas à s’adapter au régime pour survivre sur un des plus grands marchés européens de l’époque. Non seulement elle engage très tôt comme travailleurs des détenus de droit commun dont l’armée ne veut pas, mais surtout, elle n’hésitera pas plus tard à exploiter des étrangers condamnés aux travaux forcés dans les camps. Là réside à n’en pas douter une des pages les plus sombres de l’histoire de la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
.

Source : Silke Horstkotte und Olaf Jürgen Schmidt "Heil Coca-Cola !- Zwischen Germaniisierung und Re-Amerikanisierung : Coke im Dritte Reich" in Heike Paul, Katja Kanzler, "Amerikaniische Populärkultur in Deutschland", Leipziger Iniversitätsverlag 2002, p.73-87