Unilever et ses ateliers de labeur (français)


Mardi 6 avril 2010, Erik Rydberg, 1600 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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On connaît l’image classique de la chaussure Nike découpée en rondelles : autant, dans le prix de vente, va à Nike, autant aux intermédiaires, autant aux grossistes et détaillants et des miettes aux travailleurs d’Asie qui l’ont fabriquée. Scan-da-leux ! On aurait cependant tort de penser que ce type de répartition soit très différent ailleurs. Voir le cas des travailleurs d’Unilever de l’usine Fralib dans la zone industrielle de Marseille, en grève depuis quatre semaines, à la date du 2 avril 2010, pour obtenir une augmentation de salaire de 200 euros. C’est qu’ils ont fait le calcul. Les petites boîtes de sachet de thé qui sortent de leur usine se vendent entre 1,65 et 2,60 euros dans le commerce, un prix au regard duquel la masse salariale ne pèse pas grand-chose, salaires des dirigeants inclus. Par boîte, c’est 17 centimes. Dix-sept centimes, comparés au prix de vente, c’est entre 6,5 et 10% du coût total de fabrication. C’est mieux que les travailleurs d’Asie, mais cela reste deux fois rien. Où va le reste ? En 2008, Unilever a distribué 750 millions d’euros aux actionnaires. Cela devait venir de quelque part. Maintenant on sait d’où. De l’usine marseillaise et des autres appartenant à l’empire Unilever. A Marseille, avec sa contre-proposition d’une augmentation de 16 euros, la direction n’entend pas répondre positivement à la demande des grévistes, entre autres par crainte de voir le mouvement faire tache d’huile. Fralib menace de délocaliser une partie de la production à Bruxelles.

Source : L’Humanité du 2 avril 2010.