Vers un monde sans usine et sans travail ?


Mercredi 22 novembre 2017, Henri Houben, 2301 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Sommes-nous engagés dans une nouvelle et importante révolution industrielle ? C’est ce que pensent un certain nombre d’auteurs qui prévoient des mutations considérables en matière de manière de produire, de relations au sein des entreprises et, bien sûr, d’emplois.
Ainsi, Klaus Schwab, le fondateur du forum économique de Davos, suggère que les progrès technologiques, depuis une vingtaine d’années, vont « brouiller les frontières entre les sphères physiques, numériques et biologiques ». Les innovations se succèdent à un rythme effréné : imprimante 3-D, voiture autonome, construction de plateformes digitales de gestion des fournisseurs, robotisation des tâches de services et d’assemblage…
L’impact sur les emplois risque d’être tout aussi énorme. De nombreux postes ont toutes les chances de disparaître dans les années qui viennent. Seront-ils remplacés par d’autres ? Une étude menée par deux chercheurs d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, annonce que 47% des emplois américains pourraient être éliminés par la nouvelle donne technologique. Mais l’OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
a présenté face à cette perspective très pessimiste une vision alternative où seulement 9% des occupations seraient réellement menacés.
Il est clair que des bouleversements majeurs sont en œuvre. L’univers du travail devrait en subir les conséquences. Il est sans doute difficile de préciser jusqu’à quel point, étant donné que toutes les inventions ne sont pas terminées ou abouties. N’oublions pas qu’il y a vingt ans l’essayiste américain Jeremy Rifkin anticipait la fin du travail5 et que jusqu’à présent il n’en a rien été.
Notre démarche dans cet article ne sera pas d’estimer la réalité ou non d’une disparition du travail et de l’avènement des entreprises sans salariés, mais de la possibilité de son développement dans le cadre du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
. En effet, celui-ci se développe à partir de l’exploitation des forces de travail. Comment peut-il continuer à progresser, alors que la recherche de la compétitivité et donc de la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
pousse les entreprises à épargner toujours davantage de main-d’œuvre par quantité produite ? Lire la suite