Ikea France a un problème d’image syndical


Jeudi 18 février 2010, Erik Rydberg, 2232 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le mouvement de grève entamé début février 2010 par les travailleurs français de la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
suédoise de l’ameublement bon marché Ikea ne renvoie, dans la presse, qu’assez accessoirement à une affaire de salaires. Certes, on y apprend que les 9.000 travailleurs d’Ikea France exigent une augmentation linéaire de 4%, vu la très bonne santé de l’entreprise, alors que cette dernière voudrait la voir limitée à 1% - avec des aménagements individuels récompensant les plus "méritants" (air connu). D’où conflit et bras de fer entre direction et front syndical (FO, CGT et CFDT). Mais ce qui va faire couler de l’encre, c’est la mauvaise image que ce conflit donne d’Ikea – et son modèle suédois de magasins sympas où on va acheter en famille. Affaire de culture, souligneront d’aucuns. En Suède, le taux de syndicalisation chez Ikea est de 95%. En France, c’est 5%. En plus, raconte un cadre d’Ikea, c’est très différent en Suède : "Les représentants syndicaux siègent au conseil d’administration et il est obligatoire de demander leurs avis avant de nommer un nouveau dirigeant." On a, là-bas, dit-il, "un syndicalisme syndicalisme de construction, d’accompagnement" – de cogestion, pour le dire autrement. Ce n’est pas dans la tradition syndicale latine. Mais, là, on marquera un temps d’arrêt. Des syndicats qui jouent, au sein de l’entreprise, un rôle de construction et d’accompagnement : n’est-ce pas ce qu’on reproche souvent, entre autres choses, à l’ACFTU, l’unique syndicat autorisé en Chine, que d’aucuns, en Occident, jugent plus proche de la direction que des travailleurs ? Refermons la parenthèse. Car il est d’autres aspects de la culture d’entreprise Ikea qui offrent matière à ironiser, surtout en raison de sa flamboyante politique anticorruption (deux dirigeants récemment limogés en Russie). N’est-ce pas l’heure, si Ikea veut redorer son blason, suggère Paul Betts dans la Financial Times, de faire un peu de transparence sur sa structure de propriété "complexe et impénétrable" ? Un arroseur a toujours intérêt à éviter les occasions d’être arrosé...

Source : Les Echos du 16 février 2010 et le Financial Times du 17 février 2010.