United Fruit à Chiquita, une tradition putschiste ?


Lundi 25 janvier 2010, Lise Blanmailland, 3424 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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De 6 h du matin à 7 h du soir, leurs mains brûlant dans des gants de caoutchouc, exposés en plus au DBCP (DiBromoChloroPropane), dangereux pesticide provoquant stérilité, cancers et malformations à la naissance, les travailleurs de Chiquita travaillent pour un salaire de misère. La coordination latino-américaine des syndicats des bananeraies (Colsiba) dénonce les conditions de travail des travailleurs et le refus de la compagnie fruitière Chiquita, implantée depuis plusieurs décennies au Honduras, d’accorder la moindre protection à ses travailleurs. En augmentant, début d’année 2009, le salaire minimum mensuel de 60%, le président hondurien Zelaya ne pouvait que s’attirer les foudres des grandes entreprises installées sur le territoire. Les critiques de Dole et Chiquita ne se feront d’ailleurs pas attendre. L’héritière de la United Fruit Company se plaindra de risquer de la sorte de voir diminuer ses profits, puisque leurs frais s’élèveraient à 20 centimes de plus pour produire un cageot d’ananas et 10 de plus pour un de bananes. Autrement dit, la réforme allait leur faire perdre des millions. C’est donc vers le COHEP (conseil hondurien de l’entreprise privée) que va se tourner la compagnie qui y trouvera la confabulation recherchée. Quand, le 28 juin 2009, Zelaya se fait renverser par un coup d’Etat militaire, Amilcar Bulnes, président du COHEP, n’hésite pas à exprimer ouvertement son soutien au régime putschiste de Roberto Micheletti.

Heureux hasard pour la compagnie fruitière ? Rappelons, histoire de nous rafraîchir la mémoire, certains faits auxquels a été mêlée l’entreprise au Honduras et dans d’autres pays d’Amérique centrale. Dans les années vingt, la United Fruit contrôlait au Honduras près d’un quart de la terre cultivable, en plus des routes et des chemins de fer. Elle étend son influence à toutes les couches de la société, tant dans le monde économique que politique et militaire. "Au Honduras, une mule coûte plus cher qu’un député" affirme à cette époque le président de la compagnie Sam Zemurray. Au Guatemala, la compagnie appuie le coup d’Etat militaire qui renverse le président réformateur Jacobo Arbenz en 1954. Sept ans plus tard, c’est elle qui prête ses bateaux aux exilés cubains pour le débarquement de la Baie des Cochons. C’est elle encore qui sera à l’origine du scandale de corruption qui révèle le rôle de l’entreprise dans le coup d’Etat perpétré par le général Oswaldo López Arellano en 1972 au… Honduras. Chiquita aurait-elle perdu aujourd’hui toute l’influence d’autrefois ? Une enquête vaudrait pour le moins la peine d’être menée. (Mentionnons également qu’un appel a été lancé par le front national contre le coup d’Etat au Honduras en faveur d’une campagne mondiale de boycottage contre Chiquita. Voir http://www.boicotchiquita.blogspot.com/ ).

Source : PÉREZ SUÁREZ, Marcelo, United Fruit Company : 110 años en golpes de Estado, 26 novembre 2009. http://hablahonduras.com/2009/11/27/united-fruit-company-110-anos-de-golpes/ et
KOZLOFF, Nikolas, From Arbenz to Zelaya, Chiquita in Latin America in Counterpunch août 2009 http://www.counterpunch.org/kozloff07172009.html