Fnac, de coopérative mutualiste à multinationale vitrine


Mardi 12 janvier 2010, Lise Blanmailland, 2360 signes.
Cet article a été visité 421 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Leader en France, comme en Belgique, de la distribution de produits culturels et de loisirs, la Fnac n’a pas toujours été cette multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
de "supermarché du divertissement" que nous connaissons aujourd’hui. Née en 1954 sous forme de coopérative, la Fédération nationale d’achats des cadres, de son vrai nom, avait pour ambition initiale l’action culturelle. Ses fondateurs, André Essel et Max Théret (tendance trotskiste paternaliste) voulaient par là compléter l’action politique par une action en faveur des consommateurs. La société française était en mutation et l’émergence des cadres comme le développement des services apportaient une clientèle idéale pour la distribution coopérative. Quarante ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. En 1980, la Fnac entre en Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
et, après quelques va-et-vient de rachats/reventes, passe en 1994 entre les mains de François Pinault et de son groupe PPR comme actionnaire Actionnaire Détenteur d’une action ou d’une part de capital au minimum. En fait, c’est un titre de propriété. L’actionnaire qui possède une majorité ou une quantité suffisante de parts de capital est en fait le véritable propriétaire de l’entreprise qui les émet.
(en anglais : shareholder)
majoritaire. C’est là que la Fnac opère un réel tournant. Abandonnant tout semblant de mutualisme, elle fait définitivement place à la "modernisation". La multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
(20.000 salariés répartis en huit pays lui permettent de dégager un chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
de 4,6 milliards d’euros en 2007, quatrième année consécutive d’une croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
à 15%) va désormais se concentrer sur les produits "techniques", plus rentables : ils représentent en 2009 70% du chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
. Le reste, souligne Vincent Chabault, auteur d’une thèse sur la Fnac, "c’est de la vitrine, un vernis culturel." Les conditions de travail vont, parallèlement, se détériorer : doublement depuis 2001 des temps partiels, par exemple, et le mois de février 2009 saluera un plan d’économie de 35 millions d’euros annonciateur de fermetures, de licenciements (400 postes en France) et de précarisation accrue. Cela n’empêche pas la "vitrine" d’assumer son rôle : le groupe PPR financera ainsi le fameux documentaire écolo "Home"... dont la Fnac aura la distribution exclusive.

Source : Jacques Denis, "La Fnac ou les avatars du marketing culturel", Le Monde diplomatique n°669 daté de décembre 2009.
Pour lire l’article intégral : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/12/DENIS/18629