General Motors liquide Saab (depuis 1990)


Lundi 11 janvier 2010, Erik Rydberg, 2302 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Entamée en février 2009, la vente par General Motors de son trophée suédois Saab paraît, début 2010 compromise de l’avis de la plupart des observateurs, à commencer par GM lui-même qui a décidé unilatéralement le démantèlement de l’usine sans attendre que ne se précisent les offres ultimes de reprise (un fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
spéculatif luxembourgeois, Genii Capital, associé à Ecclestone, le milliardaire de la Formule 1). Sale coup pour les 3.400 travailleurs de Saab, et toute la ville qui en dépend (Trollhättan, sud-ouest de la Suède, 45.000 habitants) de même que pour les quelque 1.100 concessionnaires. C’est aussi une page d’histoire qui se referme. Fondée en 1937, la Société anonyme d’aéronautique suédoise (traduction littérale de l’acronyme, Svenska Aeroplan Aktie-Bolaget) entame la production de véhicules en 1945 pour, dans les années soixante, s’affirmer comme un constructeur réputé pour son design futuriste et ses innovations technologiques : premier à lancer un moteur turbo, à intégrer l’allumage automatique des phares et à équiper les flancs de protections contre les chocs latéraux, par exemple. Depuis les déboires de General Motors et sa décision de fermer Saab, cependant, c’est plutôt sur les mauvais résultats financiers qu’on insiste. Depuis que GM en a pris le contrôle (50% en 1990, 100% en 2000), Saab n’a, sur ces vingt ans, été bénéficiaire qu’une année. C’est peu. Mais, comme souligne Paul Betts dans sa chronique hebdomadaire du paysage industriel européen, voilà quelque chose dont on ne blâme pas en général General Motors, le principal fautif. Car sa politique, de non investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
et de paralysie des forces créatives de l’usine suédoise, explique largement qu’on en soit là aujourd’hui. A preuve, dit Betts, le retournement couronné de succès des Ferrari et Maserati par Fiat, qui a laissé aux deux marques l’autonomie nécessaire à leur développement. Il y a une morale ? Les erreurs de stratégie du secteur privé sont en général cent fois plus lourdes que celles, plus médiatisées, des vieux monopoles publics. Ici, General Motors met au chômage une ville entière. Quasi.

Source : Les Echos du 21 décembre 2009 et le Financial Times des 8 et 9 janvier 2010.