General Motors Opel : un scandale bienvenu ?


Lundi 9 novembre 2009, Erik Rydberg, 2861 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La volte-face de General Motors en annulant d’un revers de main près de neuf mois de tractations avec divers repreneurs, syndicats et gouvernements pour revendre Opel, son fleuron déficitaire européen, a été accueillie par la presse économique avec... Avec indignation ! Avec soulagement ! Barrer le terme qui ne paraît pas approprié. C’est qu’on a, là, le choix. Entre le journal français Les Echos qui qualifie le revirement "de gros scandale" et de "nouvelle catastrophique". Et le journal britannique The Financial Times qui salue la décision de General Motors comme "une bonne chose pour l’industrie automobile européenne". Bien sûr, cela s’explique. En France, comme en Allemagne, il y a Renault, Volkswagen, Peugeot et une renaissance d’Opel grâce aux injections publiques américaines qui se fera au détriment des champions nationaux, qui seront les victimes, référence européenne oblige, ouvrez les guillemets, "d’une incroyable distorsion de concurrence". A l’inverse, en Grande-Bretagne, où on n’a pas de soucis de ce type, le retour à l’avant-plan de General Motors est applaudi par le Financial Times car, fort des 50.000 emplois supprimés aux Etats-Unis, il est prometteur d’une restructuration plus radicale des sites de production européens, notamment en réduisant à néant les espoirs allemands de préserver les leurs et ce, référence européenne oblige, ouvrez les guillemets, par le biais d’un système de "protection de l’emploi coûteux en contradiction flagrante avec de l’esprit du Marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
unique européen". On peut lire l’affaire comme cela. Comme ceci ou comme cela, au choix. A l’affaire, cependant, il y a un autre aspect, dont on parle moins. Qui décide, en fin de compte ? On a assez souligné les atermoiements des Etats européens. Qui se montrent prêts à verser de l’argent aux secteurs privés en difficulté mais sans rien demander en contrepartie, et surtout pas un pouvoir de décision à hauteur de leur prise de participation. Aux Etats-Unis, il n’en va pas ainsi. Les injections de capitaux publics dans le secteur privé se sont traduites par quelque 535 sièges dans les conseils d’administration concernés, tous détenus par des membres du Congrès ou du Sénat – et ils prennent leur travail au sérieux. Pas question, par exemple, que ces entreprises détruisent de l’emploi américain avec des fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
publics américains... Idem, sans doute, avec Opel. Une des conditions mises par Washington au renflouement de General Motors était de produire des petites voitures économiques. Qui, au sein du groupe, en construit ? Réponse : Opel. CQFD.

Source : Les Echos et le Financial Times du 5 novembre 2009 et
le Wall Street Journal du 30 novembre 2009 ("US politicans butt in at bailed out General Motors").
Voir également notre analyse : GM retourne sa veste Opel