Le concept Carrefour : une machine à sous


Lundi 26 octobre 2009, Erik Rydberg, 2239 signes.
Cet article a été visité 252 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Numéro deux mondial de la distribution, Carrefour connaît des problèmes de rentabilité. C’est lié à son concept. Carrefour se donne une image de grand magasin et c’est ce qu’on retient, en général. Mais s’il n’était que cela, pourquoi irait-il ouvrir des supermarchés aux quatre coins du monde, toujours plus, cela rime à quoi ? A faire toujours plus d’argent. C’est le problème de Carrefour, il n’en fait pas assez. Son PDG, José Luis Duran, l’a appris à ses dépens. Viré en juillet 2008 pour n’en avoir pas ramené assez. Les vrais patrons de Carrefour n’étaient pas contents : le fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
spéculatif américain Colony Capital et Bernard Arnault du groupe LVMH, qui détiennent ensemble 13,5% du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
de Carrefour. En 2007, ils ont payé le ticket d’entrée 50 euros l’action Action Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
et depuis elle dégringole. En octobre 2009, elle ne vaut plus que 31 euros. Ils ont donc changé de PDG. Ils ont pris Lars Olofsson, un dirigeant de Nestlé. A charge pour lui de redonner du lustre au concept Carrefour : pas un grand magasin, mais une machine à sous. Là, il est à dure école. Bel exemple avec le retrait de Carrefour du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
russe, où il disposait de deux hypermarchés. La grande surface moscovite a été inaugurée le 18 juin 2009. Carrefour se disait alors "croire au potentiel russe". Le 8 octobre 2009, Olofsson affirmait encore avec une belle assurance qu’il allait beaucoup miser "sur la Chine, le Brésil, la Russie et l’Inde". Volte-face moins d’une semaine plus tard, le 15 octobre, lors de la présentation du chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
trimestriel, plutôt mauvais. Carrefour annonce son retrait de la Russie parce que – défense de rire – la présence de Carrefour là-bas "était en contradiction avec la stratégie du groupe". La nouvelle, notait tel journal financier, "a jeté le trouble au sein de la communauté financière". Même chose pour Olofsson, sans doute. Cela rime à quoi ? Pas compliqué : à faire entrer de l’argent d’un claquement de doigts, en cédant des actifs, car tel est le concept Carrefour. Olofsson a encore beaucoup à apprendre. Il n’est PDG que par procuration.

Souce : Financial Times du 9 octobre 2009 et Le Monde du 17 octobre 2009.