Molex, une histoire de grand banditisme


Mardi 6 octobre 2009, Erik Rydberg, 2337 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La mise à mort – "restructuration" dans le langage convenu – de l’équipementier automobile français Molex (ex-Snecma, Villemur-sur-Tarn) est l’illustration extrême d’une forme de capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
prédateur en train de faire école. Molex est une entreprise électronique américaine spécialisée dans la rapine. Elle rachète des firmes, les vide de toute leur substance (brevets, savoir-faire, carnets de commande, machines-outils) puis les ferme. L’équipementier français, fondé dans les années 40, c’est 283 travailleurs avec une moyenne d’âge de 46 ans et une expérience moyenne de 23 ans. C’est aussi une usine rentable, elle n’a rien du canard boiteux. Pas pour Molex. Fidèle à sa pratique, elle l’a "cloné" au Nebraska pour, ensuite, mettre clé sous porte. La grève des travailleurs date du jour où ils l’ont appris, en avril 2008. Lutte désespérée, lente descente aux enfers. Car, Molex, c’est du grand banditisme. Par deux fois, le "plan social" de Molex a été condamné en justice. Molex n’en a cure. Elle est au-dessus des lois. Aux entrées de l’usine, elle a placé des vigiles, des crânes rasés. Objectif : faire plier les travailleurs et, surtout, empêcher qu’un éventuel repreneur ne développe sur le site une activité concurrente à celle de Molex. On a bien lu. Le savoir-faire des travailleurs appartient désormais à Molex et interdiction leur est faite de reconstruire l’entreprise sur cette base, ce serait faire concurrence à Molex. Grand banditisme jusqu’au bout : lorsque, le 15 septembre 2009, les représentants du comité d’entreprise se sont rendus dans le bâtiment public à Toulouse où devaient se dérouler les négociations ultimes sur le plan social, les skinheads de Molex leur ont barré l’entrée. Ils étaient là, "sur ordre" de la direction, pour filtrer. Ne devaient surtout pas entrer les experts-comptables de Syndex auxquels les syndicats ont fait appel, comme la loi les autorise, pour les assister dans la négociation. La suite est surréaliste. Car recours sera fait à la préfecture qui remplacera les vigiles par des policiers... tout en maintenant l’interdiction contre les gens de Syndex. Quand on veut faire plier, on s’en donne les moyens.


Source : Politis du 10 septembre 2009 et Le Canard enchaîné du 23 septembre 2009.