Google, monopole du savoir mondial


Lundi 7 septembre 2009, Erik Rydberg, 2935 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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L’analyse panoramique que Robert Darton a faite de la numérisation commerciale mondiale des livres entamée par Google en situe bien les enjeux. La philosophie des grandes bibliothèques publiques de rendre les savoirs accessibles à tous se voit peu à peu remplacée par une optique commerciale où on ne parlera bientôt plus que de "gisements de « contenus » à exploiter à ciel ouvert". Google, fort déjà de 7 millions de « contenus » numérisés (dont 5 millions d’ouvrages sous copyright, mais épuisés), ne compte aucun rival sérieux et rien ne paraît devoir l’arrêter dans son objectif de devenir la plus grande bibliothèque du monde. Deux grains de sable sont venus chatouiller les pieds du colosse. En Italie, la Fédération des éditeurs de journaux s’en est prise au moteur de recherche de Google Actualités qui aurait un impact négatif sur la capacité des journaux à attirer visiteurs et publicités : à charge pour l’autorité antitrust italienne de vérifier si la "prédominance incontestée" de Google ne nuit pas à la concurrence du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
des recettes publicitaires en ligne. En Allemagne, l’attaque est plus radicale. Lancée par le gouvernement, elle demande aux tribunaux étatsuniens de bloquer l’accord intervenu en octobre 2008 entre Google et les auteurs et éditeurs réglant d’un trait de plume la mise en ligne par Google de toute œuvre écrite produite aux Etats-Unis, qu’elles soient ou non protégées par un droit d’auteur. Le raisonnement du gouvernement allemand est de bon sens. L’accord attaqué ne concerne certes que les auteurs et éditeurs américains mais, Internet étant chose mondiale, tout comme l’économie des nations, l’accord ne pourra qu’affaiblir les règles de copyright dans le monde entier. Berlin dénonce l’accord comme accordant à Google "un monopole de fait" qui affectera les auteurs, les éditeurs et les bibliothèques du monde entier. Mieux : la disposition par laquelle l’accord s’impose automatiquement aux Etats-Unis à tous, sauf opposition écrite expresse fortement limitée dans le temps (qui ne dit mot consent), est jugée par Berlin comme violant "un des principes les plus essentiels et fondamentaux du droit international du copyright". L’affaire a ému la Commission européenne, qui a entamé sur le sujet une série d’auditions alors que Google, en partenariat avec sept bibliothèques européennes (dont celle de Gant), numérise sans désemparer tous leurs « contenus » antérieurs à 1869 (tombés dans le domaine public) tout en proposant, par une lettre à la Commission, d’offrir un strapontin à deux Européens dans le dispositif américain... David contre Goliath ?


Source : Financial Times du 7 et du 2 septembre 2009 et Les Echos du 28 août 2009. On lira également avec fruit l’article de Robert Darton,
"La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google", Monde diplomatique, n°660, mars 2009.