Desertec : colonialisme énergétique en habits neufs ?


Lundi 27 juillet 2009, Bruno Bauraind, 2535 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Lundi 13 juillet 2009 à Munich, une douzaine de sociétés, en majorité allemandes, lancent une nouvelle coentreprise, la Desertec Industrial Initiative. Autour du berceau, se retrouvent entre autres les géants énergétiques allemands RWE, E.ON et Siemens ou encore,des poids lourds de la finance comme la Deutsche Bank ou l’assureur Munich Ré. La première mission de la joint-venture, soutenue par Angela Merkel et José Manuel Barroso, est d’établir les contours financiers et technologiques d’un projet visant à produire d’ici 2050, 15% de l’énergie européenne à partir de centaines de centrales thermo-solaires installées dans le Sahara. L’investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
nécessaire est évalué à 400 milliards d’euros sur 40 ans. Un coût à la hauteur d’un projet pharaonique nécessitant, outre l’installation de panneaux solaires dans le désert, la création d’un réseau de transport d’électricité couvrant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Cependant, malgré les coûts de transport, la production de l’énergie européenne en Afrique est très compétitive. Derrière les applaudissements nourris du monde des affaires ou de certaines organisations environnementales comme WWF, certaines voix s’élèvent pour stigmatiser le caractère conservateur du projet. Ainsi, pour Hermann Scheer, président de l’association européenne pour l’énergie renouvelable (Eurosolar), la philosophie du projet Desertec n’est qu’une réplique de celle qui préside au système énergétique mondial actuel où la production et la distribution de l’énergie sont concentrés entre les mains de quelques firmes multinationales basées essentiellement dans l’hémisphère Nord. Les majors du solaire remplaceraient utilement celles du pétrole. Alors que près de 600 millions d’africains n’ont pas accès à l’électricité, cette initiative européenne fleure bon le néocolonialisme. C’est sans doute la raison pour laquelle l’Union africaine se montre très réticente.

Source : Les Echos du 15 juillet 2009, L’Echo du 28 juillet 2009, le Financial Times, article mis en ligne le 13 juillet 2009 : http://www.ft.com/cms/s/0/2aad0210-6f44-11de-9109-00144feabdc0.html, le Guardian, article mis en ligne le 16 juin 2009 : http://www.guardian.co.uk/environment/2009/jun/16/solar-power-europe-africa.