Fasinpat : produire autrement est possible


Vendredi 26 juin 2009, Bruno Bauraind, 2731 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Un autre modèle de gouvernance d’entreprise est-il possible ? A cette question, les ouvriers de l’usine de céramiques Fasinpat (ex-Zanon) en Argentine répondent depuis 2001 par l’affirmative. A l’époque, en pleine crise de la dette, l’entreprise à capitaux italiens Zanon décide de licencier la majorité des travailleurs de l’usine. Les ouvriers refusent et occupent la fabrique durant plusieurs mois. En mars 2002, 220 des 330 ouvriers relancent l’outil sous contrôle ouvrier. Depuis, chez Fasinpat (lire : "fabrique sans patron"), chacun perçoit le même salaire. L’usine est organisée en 30 secteurs avec, pour chacun d’eux, un poste de coordination occupé à tour de rôle par tous les travailleurs. Les décisions stratégiques sont votées en assemblée générale. Cet anachronisme, du point de vue du discours managérial dominant, a permis de passer d’une production de 20.000 m2 de céramiques en 2002 à plus de 400.000 m2 en 2007. En quelques années, avec l’aide des universités locales, les travailleurs ont réinvestis près de 300.000 dollars dans la modernisation de l’outil, ce qui a permis de diversifier la production. Résultat, l’entreprise a doublé ses effectifs (460 travailleurs). Le secret du succès : l’implication des travailleurs de Fasinpat dans toutes les luttes sociales régionales. Etudiants, personnel hospitalier ou minorités ethniques, tous recevront à un moment le soutien des travailleurs de la fabrique de céramiques. Logique, dès lors, en 2003, lorsque sous la pression du gouvernement de Silvio Berlusconi, les forces de l’ordre argentines voulurent récupérer l’usine, que plus de 5.000 personnes sont venues la protéger. Malgré son mode de gestion différent, Fasinpat n’échappe pas cependant à la crise actuelle. D’autant plus que, toujours considérée comme hors-la-loi par son gouvernement, elle s’est vue barrée l’accès aux aides publiques (170 dollars par travailleurs et des subsides énergétiques) proposées aux autres entreprises. Néanmoins, les ouvriers de Fasinpast continuent à négocier pour sauver un autre modèle de l’entreprise. Les leçons viennent aussi du Sud…

Source : La "fabrique sans patron" Zanon, une utopie réelle en danger, interview du travailleur Luis Diaz à l’adresse : http://www.infosud.org/spip/La-fabrique-sans-patron-Zanon-une-utopie-reelle-en-danger-1571.html.
Voir également l’analyse de Fransiscos Morillas sur le site Risal à l’adresse : http://risal.collectifs.net/spip.php?article1120.