Royal Boch, c’est une "alter-renaissance" ?


Vendredi 26 juin 2009, Erik Rydberg, 2584 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La renaissance de la Manufacture Royale Boch tient du conte de fées. Implantée depuis 1840 à La Louvière, ce fleuron de la faïence belge semblait vivre ses dernières heures. En état de cessation de paiement (novembre 2008), secouée depuis 30 ans par des faillites à répétition, la Royale Boch s’acheminait à grands pas vers un déclassement qui aurait fait de l’outil productif une curiosité de l’archéologie industrielle, un musée folklorique à vocation touristique. Les derniers projets de relance, il est vrai, n’avaient rien pour enthousiasmer : sous-traiter la production au Portugal, en Thaïlande ou sous d’autres cieux bon marché pour, de la coquille vide, ne garder que le nom de marque... Les travailleurs n’en ont pas voulu. Grève et occupation du désespoir soutenue par la population. Stratégie payante. Un repreneur excentrique, capitaine d’industrie d’un format qu’on croyait disparu, a changé la donne. Patrick De Mayer, manager salarié qui s’est illustré dans une succession de grosses boîtes (Kléber, Trelleborg, Galva Power), a choisi à 57 ans de voler de ses propres ailes et... placer ses économies – 1,25 million d’euros – dans la Manufacture, moyennant un apport équivalent de la Région wallonne. Pari fou ? Pas à l’entendre. Le magasin au Sablon loué rubis sur ongle : s’il n’arrivera pas à en renégocier le montant (25.000 euros), il ira ailleurs, "ça ne sert à rien de maintenir un élément qui coûte plus qu’il ne rapporte." Les installations qui font double emploi (bureaux à Kontich) ou qui sont inutiles (les entrepôts) : supprimées. La direction des opérations sur le terrain : il assurera lui-même, "je préfère avoir les mains dans le cambouis car ça réduit les frais et ça stimule davantage les travailleurs qui voient qu’on est à leur côté." Les travailleurs, enfin, l’outil qu’il s’agit de relancer : "Toute la production se fera à La Louvière." Clair et net. Mais pas tout de suite, naturellement, car, précise-t-il avec une pointe d’humour caustique, "nous avons des stocks pour trois années de vente : ça donne une idée de la façon dont l’entreprise a été gérée par le passé." Les malheurs de la Manufacture seraient donc principalement dus à une mauvaise gestion, à de mauvais patrons ? De Mayer, lui, prévoit un retour à l’équilibre en 2011. Ce serait une leçon d’économie positive cinglante.

Source : Trends-Tendances du 6 novembre 2008, L’Echo du 20 février 2009, Syndicats du 13 mars 2009 e t
La Libre Belgique des 29 et 30 mai 2009.