Smithfield (USA) multinationalise l’agriculture est-européenne


Jeudi 18 juin 2009, Erik Rydberg, 2215 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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En Roumanie, le nombre d’élevages de porcs a chuté de 90% en quatre ans. Il y en avait 477.030 en 2003. Il en restait 52.100 en 2007. En Pologne, on comptait en 1996 plus d’un million de paysans qui vivaient de l’élevage de porcs. En 2008, 56% d’entre eux ont entre-temps été portés disparus. Il y a eu une tornade ? On peut décrire le phénomène ainsi, mais il n’a rien d’une catastrophe "naturelle". Le rouleau compresseur porte ici le nom de Smithfield, une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
américaine (12 milliards de dollars de chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
annuel, 31% du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
local américain, 12.300 travailleurs, 22.643 porcheries high-tech ’) qui exporte depuis 1998 son modèle d’intégration verticale Intégration verticale Stratégie d’une firme qui acquiert ou contrôle tout ou une partie des différents stades de production et de distribution d’un bien ou service particulier, pour éviter d’être dépendante des fournisseurs ou des clients.
(en anglais : vertical integration)
pour planter des drapeaux au Mexique (3.400 porcheries) puis, grâce à la manne de subsides européens, en Pologne (550) et en Roumanie (850). Avec la force d’une tornade. Elevages hors sol, totalement industrialisés. Cela a un coût. Environnemental, d’abord. En Roumanie, les exploitations Smithfield constituent la source numéro un de la pollution de l’air et des sols. Au Mexique, elles sont établies non loin de l’épicentre de la pandémie de grippe porcine mutante. Et puis, bien sûr, coût social. Les paysans "portés disparus" ont été jetés sur les routes de l’exode rural, et pas seulement en Europe de l’Est. Grâce aux largesses des subsides européens aidant, Smithfield exporte, via sa filiale Animex, bas morceaux et rebuts surgelés vers l’Afrique à des prix défiant toute concurrence : 1,40 dollar le kilo, alors que, sur les marchés locaux africains, le prix moyen est de 2,5 dollars. Ce sont les "petits ricochets" de la tornade qui, en détruisant les fragiles filières agricoles africaines, contribuent à un autre exode, bien connu celui-là : les Africains qui échouent sur les plages d’Italie ou d’Espagne... Tout est tout, comme on dit.

Source : Doreen Carvajal et Stephen Castel, "A US giant storms into Eastern Europe", International Herald Tribune, 6 mai 2009
(en ligne : http://www.nytimes.com/2009/05/06/business/global/06smithfield.html?_r=1&pagewanted=all )