Les petites mains franchisées de Carrefour


Jeudi 11 juin 2009, Erik Rydberg, 2050 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Tranche de vie, scène du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
ordinaire. La technique de franchisation, chez Carrefour, cela donne ceci. A Paris, une chômeuse se laisse prendre au jeu, elle accepte l’offre de Prodim, filiale de Carrefour spécialisée dans le commerce dit de proximité, et devient la gérante d’un magasin à proximité des Champs-Elysées. En 2005, Prodim décide qu’il faut rénover, agrandir, tout refaire à neuf. Perte de revenus pour la gérante mais, surtout, augmentation de 68% du loyer. Elle proteste ? On lui répond qu’elle n’a qu’à compenser en travaillant les samedis et en laissant ouvert jusqu’à 23 heures. L’affaire ira en justice, trois années de procédures, toutes perdues par Prodim mais, au bout du compte, les tracas, l’ulcère, les nuits blanches, Carrefour n’en a pas vu la couleur. Business as usual. Avec François Vieillard, c’est mieux. Entré chez Carrefour en 1983, cet employé modèle qui a gravi les échelons pour devenir directeur de magasin sept ans plus tard, va attirer l’attention de la direction en 2002. C’est qu’il a alors 40 ans et, ça, c’est vieux. Pour résoudre ce "problème", on lui suggère de devenir franchisé. Suggestion vaut injonction. François accepte le projet de réintégration dans une vie nouvelle. Sauf que, trois jours avant d’entrer dans ses nouveaux murs, le directeur régional de Carrefour l’informe d’un petit détail technique : il faut que, au préalable, il démissionne – et perde tous ses droits, pension, assurance santé, etc. Là, encore, il va faire confiance, il n’a pas tellement le choix. Pas plus que sur le montage : Carrefour détient 26% des parts de son magasin en franchise, donc une minorité de blocage, et il se verra contraint, sans compter ses heures, d’écouler exclusivement des produits Carrefour, payables à 19 jours... La formule est magique – pour Carrefour. Des employés non salariés qui se défoncent pour leur patron pour pas un balle, qui dit mieux ? On vit une époque formidable.


Source : Siné Hebdo, 27 mai 2009.