Caterpillar dégraisse (par le bas)


Dimanche 31 mai 2009, Erik Rydberg, 1948 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Imaginons un instant une entreprise gérée dans l’intérêt collectif. Lorsque les affaires vont bien, elle mettra de côté une partie du surplus pour pouvoir faire face aux éventuels revers de fortune et les surmonter sans sacrifier une partie du personnel. Ce n’est pas ainsi cela que cela marche naturellement. Lorsque les profits sont au rendez-vous, on arrose les actionnaires, et lorsqu’ils se font rares, on sabre dans la masse salariale. Exemple emblématique que celui de Caterpillar, la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
américaine des engins de construction. Elle a essuyé, au 1er trimestre 2009, sa première perte depuis dix-sept ans, 431 millions d’euros, le chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
trimestriel reculant de 22% à 7,1 milliards d’euros. Peu importe les gains passés, ce bref passage à vide va conduire la direction à jeter 19% des travailleurs à la rue (22.000 travailleurs sur un total de 113.000 au plan mondial). En France, cela se passe plutôt mal. Sur le site de Grenoble, où le "plan social" prévoit de pousser 733 travailleurs à la trappe, la riposte a été violente. Séquestration des dirigeants. Pneus enflammés, blocage des transports, occupations et arrêts de travail. La réaction ouvrière est à la mesure du désespoir et du sentiment d’injustice ressentis. On est à l’usine de père en fils. On a la fierté d’être resté plus compétitifs que les Américains. Et, surtout, foutu pour foutu, on n’a plus rien à perdre. Acculée, coincée entre le marteau (américain) et l’enclume (grenobloise), la direction locale a, par un geste dérisoire, mis en place une "cellule d’aide psychologique". Le jour où on pensera à en créer une pour les actionnaires dans la perspective plus qu’hypothétique d’une réorientation des profits dont eux, pour une fois, feraient les frais, sans doute, l’humanité fera un petit pas en avant.

Source : NCR Handelsblad du 22 avril 2009 et Les Echos du 26 mai 2009.