On reclasse bien les ouvriers français en Inde ...


Lundi 25 mai 2009, Marc François, 1820 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Ce n’est pas un canular. Carreman, une entreprise textile dans le Tarn (France), a proposé à neuf de ses salariés d’aller travailler dans son usine de production à Bangalore (Inde) pour un salaire mensuel de 69 euros. Pas un canular mais une manière cynique de tourner par l’absurde l’obligation faite à toute entreprise de proposer au préalable, en cas de licenciement collectif pour motif économique, un reclassement pour les travailleurs concernés, y compris à l’étranger. Née d’une jurisprudence de la Cour de cassation française, cette disposition a été intégrée en 2002 dans le Code du travail (article L. 1233-5). Mais elle est, donc, régulièrement détournée de son objet. Un responsable de Carreman a beau affirmer qu’il est "conscient que c’est stupide, mais c’est la stupidité de la loi", il ne peut ignorer que l’administration française a pris une position claire dans le dossier en rappelant que l’employeur doit envisager des propositions de reclassement qui soient "en adéquation avec les attentes légitimes du salarié" et, partant, que l’offre d’un poste à l’étranger pour un salaire très inférieur au minimum garanti ne peut être regardée comme "sérieuse". L’affaire est voisine de celle subie par les travailleurs d’Ardenne Forge en juin 2008 et, trois ans plus tôt, par ceux du fabricant de bobines électriques SEM Suhner (Alsace), où ce dernier avait proposé des postes en Roumanie : salaire mensuel, 110 euros par mois... Sans doute ce dispositif gagnerait en clarté si le Parlement adoptait formellement le point de vue de l’administration en décrétant qu’un reclassement à l’étranger ne saurait viser que des pays où le niveau de vie est comparable.

Source : Le Monde du 12 mai 2009 et Les Echos du 19 mai 2009.