L’Oréal festoie à bureau fermé


Mardi 21 avril 2009, Erik Rydberg, 1734 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Les temps sont durs même pour l’industrie des cosmétiques. Et le "lipstick index" connaît des ratés. Lipstick index ? C’est une vieille théorie managériale voulant qu’en temps de récession Récession Crise économique, c’est-à-dire baisse du produit intérieur brut durant plusieurs mois au moins.
(en anglais : recession ou crisis)
et de paupérisation, les ventes de rouge à lèvres – lipstick en anglais – caracolent : quand les femmes n’ont que des patates et des pâtes à manger, elles compenseraient en se donnant l’illusion d’être belles. Mais, là, non. Le résultat de L’Oréal au quatrième trimestre 2008 est désastreux, les marchés de la beauté s’effondrent aux Etats-Unis et stagnent en Europe, les gens se détournent des produits de luxe, etc. Le bénéfice net Bénéfice net Profit déclaré d’une société après avoir payé les intérêts sur les charges financières, comptabilisé les amortissements et réglé l’impôt des sociétés sur les bénéfices.
(en anglais : net income)
2008 de L’Oréal a beau avoir aligné 2 milliards d’euros, c’est... une chute de 27% comparé à 2007. Donc, on réagit. Comment ? En comprimant les coûts, en restructurant, en se recentrant sur certains marchés. Les embauches ont été gelées et deux usines ont été fermées, à Monaco (198 travailleurs à la rue) et au Pays de Galles (260), tandis que, aux Etats-Unis, on en vire 500. Maintenant, il faut relativiser. Les actionnaires, eux, n’auront pas à se plaindre. Les dividendes ne seront pas sacrifiés. Cette manne (41% des bénéfices, soit quelque 820 millions d’euros) ira consoler les deux principaux actionnaires des déboires – passagers, forcément passagers, se dit-on sans doute en ces salons – de L’Oréal : Liliane Bettencourt (32% du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
) et Nestlé (30%). Dans la presse, où on prédit que les profits de L’Oréal resteront déprimés pendant de longues années, on suggère que cet argent aurait sans doute "été mieux utilisé à l’intérieur du groupe". Des rabat-joie, les journalistes.

Source : Le Monde du 19 février 2009.