Justice contre Carrefour et son concept indécent du droit de grève


Dimanche 19 avril 2009, Erik Rydberg, 2384 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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"Ce n’est pas le moindre des paradoxes cultivés par Carrefour que de s’ériger en avocat de la cause du travail pour mieux priver les travailleurs du seul moyen de pression dont ils disposent pour le protéger et en assurer l’efficacité." Cinglante, la citation est extraite de la décision prononcée le 25 mars 2009 par le juge Xavier Hiernaux du Tribunal de 1re instance de Mons statuant sur la demande en tierce opposition introduite par le syndicat socialiste FGTB en riposte à la procédure de requête unilatérale utilisée par Carrefour pour limiter le droit de grève des travailleurs (mouvement d’action collective en novembre 2008 contre l’imposition généralisée de sous-statuts au nouveau magasin "Tour Bleue" à Bruges). Le tribunal a en réalité balayé tous les arguments de Carrefour. Le droit de librement "générer des bénéfices" ? La "vocation du droit de grève", répond le juge, "a pour but incontestable par une cessation totale des activités de l’entreprise (...) à atteindre l’entreprise dans la contrepartie (...) de ce que lui offrent ses travailleurs, à savoir son droit aux bénéfices". Les piquets de grève ? Dans la mesure où Carrefour a fait venir des cadres d’autres sièges pour jouer les non grévistes, souligne le Tribunal, il est logique que les syndicats fassent de même pour composer les piquets de grève. La procédure unilatérale choisie par Carrefour ? Irrecevable. Mieux, le tribunal précisera que "vouloir réduire le droit de grève à la simple affirmation de son existence, pratique courante dans certains pays asiatiques, dont le Japon, revient évidemment à vider de toute efficacité le seul moyen dont disposent les travailleurs pour affirmer leurs revendications". Carrefour a tenté de jouer le "droit au travail" (sic) contre le droit de grève, donc poser comme supérieure la liberté d’embaucher à n’importe quelles conditions et sans entrave. C’est une lecture du droit social que le tribunal montois n’a pas fait sienne. Pour se ranger, plutôt, à l’analyse d’un Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB Bruxelles : sans reconnaissance du droit de grève, "le futur de nos sociétés ne pourrait être que le résultat de l’écrasement des plus faibles par les plus forts."


Source : Solidaire du 9 avril 2009 et Syndicats (FGTB) du 10 avril 2009.