Le travail indécent fait un mort (Inde)


Lundi 30 mars 2009, Erik Rydberg, 1975 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Un cas d’école. Le 21 septembre 2008, un tumulte dans l’usine de l’équipementier automobile italien Graziano Transmissioni dans la zone industrielle Greater Noida, banlieue de New Dehli, conduit au meurtre de Lalit Kishore Chaudary, son PDG. Les versions de ce fait divers, qui conduira à l’arrestation de 136 travailleurs et ex-travailleurs, varieront du tout en tout. Selon le porte-parole de l’entreprise, des anciens travailleurs licenciés ont envahi les lieux, saccageant tout pour, ensuite, poursuivre les membres de la direction et tuer le PDG d’un coup de marteau. Les syndicats, dont l’All India Trade Union Congress, racontent une autre histoire : les travailleurs licenciés, sous prétexte d’une invitation à venir présenter des excuses, sous peine de ne pas être réengagés, ont été introduits un à un, encadrés par les vigiles privés du service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
d’ordre de l’entreprise, pour subir une bastonnade en règle. D’où clash de légitime défense, et dérapage. On peut épiloguer longtemps. Ce qui demeure, c’est une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
italienne, propriété du groupe industriel suisse Oerlikon, qui a jugé profitable de s’établir en Inde, une usine comptant 1.200 salariés, dont seuls 500 bénéficient d’un contrat plein temps régulier, comme si leur salaire de misère (47,3 euros par mois pour des journées de 12 heures) était déjà de trop : pour les travailleurs "contractuels", les précaires, le tarif est de 33,3 euros. Ajouter les conditions de travail, style Guantanámo : syndicats interdits, vigiles privés armés, surveillance vidéo, punitions d’un autre âge, telle celle consistant à couper la ventilation de l’usine pour mater, par asphyxie, tout mouvement de protestation. Verdict de l’ex-ministre de l’Emploi, Oscar Fernandes, un proche de Sonia Gandhi : que cette affaire "serve d’avertissement à la direction". Il a dû s’excuser et, en mars 2009, présenter sa démission.

Source : FT Weekend, 28 mars 2009