Dell Irlande : allé simple pour la Pologne (2e clap)


Mardi 10 février 2009, Erik Rydberg, 2370 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Retour sur une délocalisation Délocalisation Transfert de production vers un autre pays. Certains distinguent la délocalisation au sens strict qui consiste à déplacer des usines ailleurs pour approvisionner l’ancien marché de consommation situé dans la contrée d’origine et la délocalisation au sens large qui généralise ce déplacement à tout transfert de production.
(en anglais : offshoring).
qui a valeur de symbole. La prospérité de l’Irlande repose largement, comme on le sait, sur son système généreux d’accueil des investissements étrangers. Dell, la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
américaine des ordinateurs personnels, est une des transnationales qui en a exploité les avantages – pour devenir le 2e employeur privé du pays (après Intel, USA), son premier exportateur, contribuant pour 5% au produit intérieur brut Produit intérieur brut Ou PIB : Richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
de l’Irlande. Mais, donc, construction fragile. Ces multinationales n’ont aucune attache, du jour au lendemain, elles peuvent aller parasiter un hôte offrant mieux et plus. C’est le cas de Dell. L’ouvrier polonais, c’est 3 euros de l’heure, contre 11 en Irlande. Donc, goodbye. Et, en l’occurrence, avec un cynisme absolu. Car dès août 2007, quelque 460 "stagiaires" polonais ont débarqué, tous frais payés par Dell, à Limerick – pour apprendre de leurs camarades irlandais les rudiments du métier. Un "transfert de savoir-faire technologique", si on veut, par lequel les travailleurs de Limerick signaient leur arrêt de mort. Chronique d’une mort annoncée. Les Polonais sont repartis en novembre 2008 et, janvier 2009, le couperet est tombé. L’usine de Limerick ferme, 1.900 travailleurs sont jetés à la rue, les ouvriers : seuls subsisteront les 2.400 employés de Limerick et de Dublin attachés aux départements commerciaux. Une délégation, comprenant le ministre de la Défense, fera le voyage au siège de Dell à Austin (Texas) le 15 décembre 2008. Peine perdue, éconduite en 90 minutes. Nous vivons dans une économie compétitive, dira le PDG Michael Dell, tous nos concurrents délocalisent et, donc, nous aussi. Commentaire de Mike Killeen, 36 ans, sept ans de maison à Limerick et viré comme ses camarades : "On n’a pas affaire ici à une entreprise en difficulté. C’est de la cupidité, de la pure cupidité du business." Ajoutons pour la petite histoire : après avoir été subsidié à hauteur de 75 millions d’euros en Irlande (à fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
perdu), Dell se voit gratifié de 150 millions par le gouvernement polonais. Pour frais d’établissement ? Non, on appelle cela, dans le jargon européen, une "aide publique au développement Aide publique au développement ou ADP : Total des prêts préférentiels (à des taux inférieurs à ceux du marché) et des dons budgétisés par les pouvoirs publics des États dits développés en faveur de pays du Tiers-monde. Théoriquement, ces flux financiers devraient être orientés vers la mise en place de projets concrets et durables, comme des infrastructures essentielles, des actions de lutte contre la faim, en faveur de la santé, de l’éducation, etc. Mais souvent il s’agit d’un moyen détourné pour les anciennes métropoles coloniales de conserver les liens commerciaux avec leurs dépendances, en les obligeant à s’approvisionner auprès des firmes métropolitaines. Selon les Nations unies, l’APD devrait représenter au moins 0,7% du PIB de chaque nation industrialisée. Mais seuls les pays scandinaves respectent cette norme.
(En anglais : official development assistance, ODA)
régional". C’est l’Europe sociale ?

Source : The Times du 9 janvier 2009 et Ireland’s Sunday Independent du 11 janvier 2009.