Tesco : 1,8 million de sous-employés coincés par "l’éthique"


Vendredi 30 janvier 2009, Erik Rydberg, 2067 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Dans un article du Financial Times intitulé "Les règles éthiques imposent des incitants pervers", Alan Beattie met bien en évidence les conséquences négatives, souvent méconnues, des procédures visant à rendre plus acceptable, socialement parlant, l’exploitation par les sociétés multinationales des travailleurs du Tiers-monde, où elles sous-traitent leur production. La chaîne de supermarchés britannique Tesco, n°4 mondial en chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
, emploie ainsi sur papier quelque 318.000 salariés, mais ce ne sont là que les travailleurs de première catégorie, car il faut y ajouter les 1.800.000 travailleurs attachés à son réseau de sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
. Ce sont leurs conditions de travail qu’on veut rendre plus acceptables. Comment ? En demandant aux multinationales d’adhérer à la lettre ou à l’esprit des mille et un codes de conduite qui ont vu le jour sous le label de la "responsabilité sociale des entreprises". Mais, donc, effets pervers. Car qui dit code de conduite, dit naturellement mécanisme de contrôle de son application – et, en Inde, comme explique Rajan Sahni, propriétaire d’une usine de vêtements près de Delhi, la multiplication de ces contrôles sociaux "éthiques" conduit, de plus en plus, à mettre au chômage les gens qui sont actifs dans des secteurs qui ne se prêtent pas à ce type de contrôle : essentiellement, des femmes, celles de la confection à domicile. Elles ne correspondent pas au "moule", au contraire de leurs collègues en usine, qui sont "contrôlables", eux. Laissons le dernier mot à Beattie : "Cela signifie que la production destinée à l’exportation est de manière croissante dominée par des mâles, employés à plein temps, et non par des femmes, plus pauvres, avec une mécanisation accrue qui ne bénéficie pas aux plus démunis."

Source : Financial Times du 30 janvier 2009 (article intégral en ligne, en anglais :
http://www.ft.com/cms/s/0/6319e382-ecdd-11dd-a534-0000779fd2ac.html