Saga Fortis, krach du néolibéralisme ?


Lundi 26 janvier 2009, Erik Rydberg, 2706 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La direction de Fortis vient d’annoncer, 22 janvier 2009, une perte probable de 19 milliards d’euros en 2008. Enième épisode de la saga. Qu’en retenir ? Numéro un belge de la Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
en 2007 et pour ainsi dire rayé de la carte en 2008, pfuit, parti en fumée. Campons les personnages. Fortis est né de la fusion Fusion Opération consistant à mettre ensemble deux firmes de sorte qu’elles n’en forment plus qu’une.
(en anglais : merger)
des assureurs belge (AG) et néerlandais (Amev). Aux commandes, un trio entre-temps devenu pitoyable : son président, le comte Maurice Lippens, son PDG Jean-Paul Votron (European Business Leader en janvier 2007, démissionné en juin 2008) et son administrateur lige Herman Verwilst (ex-chef de cabinet du socialiste Willy Claes, bombardé patron de la CGER lors du rachat du ci-devant par Fortis). Ce sont les apprentis sorciers de l’explosion programmée. Elle démarre début 2007 lorsque le fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
spéculatif américain TCI s’introduit (1% du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
) dans le numéro 1 bancaire néerlandais ABN Amro pour en faire la cible des requins de l’OPA OPA Offre publique d’achat : proposition publique faite par un investisseur d’acquérir une société ou une partie de celle-ci à un prix annoncé. Elle peut être amicale ou hostile, si le management de la firme ciblée est d’accord de se faire reprendre ou non.
(en anglais : tender offer).
. La banque d’affaires Banque d'affaires Organisme de gestion de dépôts et de fortune qui, contrairement aux banques commerciales, peuvent placer ces fonds sur les marchés financiers (Bourse...) et investir dans des sociétés privées autres que bancaires. En revanche, les banques d’investissements n’ont pas le droit de récolter massivement les dépôts et d’avoir des agences à toutes les rues des cités.
(en anglais : investment bank)
Merrill Lynch embraie et convaincra tour à tour les banques Santander, Royal Bank of Scotland (entre-temps sous perfusion publique) et Fortis de se lancer dans l’aventure : la plus grosse OPA OPA Offre publique d’achat : proposition publique faite par un investisseur d’acquérir une société ou une partie de celle-ci à un prix annoncé. Elle peut être amicale ou hostile, si le management de la firme ciblée est d’accord de se faire reprendre ou non.
(en anglais : tender offer).
européenne, 71 milliards (un cinquième du PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
belge), 80% en cash, dont 24 milliards à charge de Fortis. C’est lourd. D’autant que, à ce moment, printemps 2007, tous les indicateurs financiers parlent d’une crise du crédit en gestation. Chez Fortis, ce sont quelque 53 milliards d’actifs périlleux dits "structurés", dont 10 milliards carrément "toxiques"... La descente aux enfers aurait pu être obviée, par un retrait de l’opération ABN Amro, mais notre trio persiste et signe. La suite ? Connue, dans les grandes lignes. Branle-bas général. Banque nationale belge fragilisée par les crédits d’urgence accordés à Fortis. Cellule de crise gouvernementale. Intervention du président de la Banque centrale Banque centrale Organe bancaire, qui peut être public, privé ou mixte et qui organise trois missions essentiellement : il gère la politique monétaire d’un pays (parfois seul, parfois sous l’autorité du ministère des Finances) ; il administre les réserves d’or et de devises du pays ; et il est le prêteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Pour les États-Unis, la banque centrale est la Federal Reserve (ou FED) ; pour la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (ou BCE).
(en anglais : central bank ou reserve bank ou encore monetary authority).
européenne Jean-Claude Trichet qui insistera "sur l’absolue nécessité de sauver Fortis", vu le risque d’un effet domino. Fortis tombe et le château de cartes bancaire européen avec. Sauvetage, il y aura. Les Pays-Bas récupéreront ABN Amro. La France (BNP Paribas) se porte acquéreur des activités lucratives de Fortis. Dont il ne reste, en Belgique, qu’une coquille vide et, à charge de l’Etat et des contribuables, les actifs toxiques, les 10 milliards pourris. On dit souvent que l’Etat est mauvais gestionnaire et doit laisser la conduite des entreprises au secteur privé, au marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
. Là, le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
s’est surpassé.

Souce : l’excellent dossier que La Libre Belgique a publié,
sous le titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
"Secrets bancaires" du 22 novembre au 6 décembre 2008,
disponible au Gresea